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LA GUERRE DES BOÎTES

LA GUERRE DES BOÎTES
Mise En Place du Décors

Le 6 octobre 1983, celui que l'on concidérait comme ayant la main-mise sur bon nombre de boîtes des Bouche-du-Rhône, Gilbert Hoareau alias le Libanais, est abattu de cinq balles de gros calibre. Semble-t'il par ses "collègues" du clan Zampa qui n'auraient pas accepté que le Libanais prenne autant d'importance et d'argent sans deigner le partager, et qu'il s'éloigne de Zampa pour se mettre au compte de Paul Mondoloni. Le tout est qu'il laisse derrière lui neuf boîtes qu'il contrôlait en sous-main, dont six dans les Bouches-du-Rhône : l'Annabel's Club, le Kennedy's et la Mendigotte à Marseille, le Krypton et le Mistral à Aix-en-Provence et une boîte à Cassis. Quelques jours plus tard ce sont la femme et l'avocat de Zampa qui sont arrêtés, puis Tany Zampa lui-même en novembre 1983. D'autres personnes gravitant autour du Libanais, des dirigeants de boîtes, seront eux aussi arrêtés puis condamnés. Tany Zampa, lui, se suicide en juillet 1984 aux Baumettes.

Du coup, les places se libérant, les valeurs montantes de la région, à savoir Raymond Mihière dit le Chinois, et Souhel Hanna-Elias, dit Joël le Libanais ou le Turc, se sentent pousser des ailes. Francis "le Belge" Vanverberghe, pour sa part, sort de prison en juillet 1984. Bien qu'interdit de séjour en région PACA, il contrôlerait depuis l'extérieur la région aixoise en s'appuyant sur des hommes sûrs.
Pour éviter des débordements et des initiatives fâcheuses, un sommet du crime est organisé en 1984 à Bandol. S'y serainet réunis Raymond le Chinois, Joël le Libanais, Jacky le Mat, Roland Cassone, Francis le Belge et Tony l'Anguille. Ce qui est sûr, c'est qu'au cours de cette réunion, Jean Toci et les autres ex-lieutenants de Zampa ont été mis sur la touche. Peu promptes à se laisser faire, ils résisteront. Francis le Belge, déterminé à reprendre à son compte l'empire monté par Zampa dans le monde de la nuit aixoise, va se charger de faire taire ces foyers de résistance, sans doute appuyé par Jacky le Mat. Comme ce jour de mai 1986 où trois personnes sont abattus, dont Christian Betta, gérant du Club 88, une boîte aixoise.

Mais l'arrestation du Belge en mars 1988 (il était en cavale depuis 1986) sonne le départ de nouveaux affrontements. Beaucoup pensent qu'une fois le caïd à l'ombre, ils pourront se faire une place dans le milieu des boîtes aixois. Bien vite, la machine va s'embraser et une multitude de règlements de compte vont s'entremêlés.



LA GUERRE DES BOÎTES


Le premier à frapper aurait été Raymond le Chinois. Ainsi, le 11 avril 1988 disparaîtrons Gérard Doucet, 46 ans, "empereur des nuits" d'Aix, et Luc Botello, 28 ans, qui s'apprêtaient à prendre l'avion à Marignanne pour Paris. Le premier, propriétaire de l'Oxydium aux Milles et du Retro 25 à Luynes, aurait refusé de céder ses boîtes au carnaciers auxquels il avait à faire. Le second a eu le seul tort de se trouver au mauvais endroit au mauvais moment. Il était pourtant complètement étranger aux affaires de Doucet. On ne retrouvera jamais le corps des deux hommes. Le bruit court qu'ils ont été tués à coups de manches de pioches avant d'être enterrés.

En octobre 1989, c'est un proche de Doucet, Christian Novarra, que l'on tente d'intimider. Ainsi la Chimère et les Mandragores, ses établissements de nuit, sont plastiqués et son bateau le Faly Be (dont Doucet était lui aussi propriétaire) est coulé dans le port de Cassis. Ce coup-ci, Novarra avait cédé, ce qui ne sera pas le cas en 1992. En attendant, en cette année 1989, c'est aussi au clan Vanverberghe que l'on en veut.

Et en premier lieu Bernard Bousquel, pourtant travaillant pour et avec Tony l'Anguille, bras droit du Belge, et José Vanverberghe, frère du Belge. Il se serait écarté du clan à la suite du partage d'un gros braquage opéré en septembre 1987 à Toulouse, qu'il concidérait comme inéquitable. Se rapprochant des équipes de Raymond le Chinois et Joël le Libanais, il aurait décidé de prendre les devants pour se faire une place. Mais il va opérer de façon trop expéditive et pas assez réfléchit. Pendant la nuit du 1er septembre 1989, José Vanverberghe, alors en compagnie de sa femme, reçoit six balles dans le corps, tirées par un commando de trois personnes, à Vitrolles. Énorme erreur pour Bousquel de s'en être pris directement à la famille du Belge, et en plus à une personne pas tellement impliquée dans le Milieu. Seulement deux jours plus tard, juste après avoir présenté ses condoléances à Tony l'Anguille, il disparaît. On pense que Tony l'Anguille et ses hommes ont lentement torturé Bousquel avant de jeter son corps dans l'Étang de Berre.

Par la suite, des morts plus ou moins mystérieuses vont s'enchaînées : Alain de Cesar, 46 ans, le 20 novembre 1990 à Marignanne, Tony Douidi, 32 ans, le 15 février 1991, Vincent Para, videur de l'Oxydium, le 18 octobre 1991, Jo Coppola, une pointure des quartiers nord de Marseille proprio du Niagara, la boîte la plus branchée de l'époque, le 26 du même mois, suivit de quelques jours par son garde du corps. Qui sont les auteurs de ces meurtres? Francis le Belge et son clan? Raymond le Chinois? Joël le Libanais? Jacky le Mat? Dans cette guerre impitoyable, toutes les pistes sont envisageables.

Le 28 août 1992, le play-boy Christian Novarra, déjà attaqué en 1989, est à nouveau ciblé, mais avec moins de "délicatesse". Dans l'après-midi de la journée, sur la route d'Eguilles, près d'Aix, sa porsche 911 est bloquée par un fourgon et une voiture. Quinze balles sont tirées en sa direction. La grenade avec laquelle il comptait riposter tombe à ses pieds et explose dans sa voiture. S'il ne s'agit pas d'un racket auquel il n'aurait pas voulut céder, il faut mettre ce meurtre sur le dos de l'ambition de Novarra de reprendre le Retro 25, anciennement propriété de Doucet.


Fin '92, Francis le Belge sort de prison. Ce qui ne va pas calmer la situation. Bien au contraire. Épaulé semble-t'il par trois casse-cou marseillais, Laurent Boglietti, Noël Mariotti et Jean-Jacques Maillet, et d'un homme de poids d'Aix, Jean-Marc Verdu, alors surnommé "le Sanguinaire", Francis le Belge aurait décidé de remettre de l'ordre à Aix. Et de la manière la plus expéditive qu'il soit, voulant en finnir au plus vite avec des nouveaux venus dans le monde de la nuit, se voulant indépendants et concurents du clan Vanverberghe.

Ainsi, le 8 juin 1993, le meneur de ce groupe d'indépendants est abattu à Marseille. Il s'agit d'Henri Maridet, 52 ans, qui comptait racheté une boîte aixoise. Seulement deux jours plus tard, un autre truand de poids, Robert Dahan, ami de Maridet et de Jo Coppola (tué en 1991), et propriétaires d'un restaurant, reçoit trente balles de 11.43 tirées par trois hommes. Le 20 juillet, un autre ami de Maridet tombe : Jean-Pierre Jativa est tué par quatorze balles dans le 8e arrondissement de Marseille. Le 28 août, c'est Dominique Fontana qui est retrouvé mort dans sa voiture, avec deux balles dans le dos. Le 18 septembre a lieu un règlement de compte terrible. Trois tueurs pénètrent dans un local de la cité Val Marie à Marseille et en font sortir les occupants, à l'exception de Mickaël Dahan, fils de Robert, abattu trois mois plus tôt. Il reçoit quatorze balles de gros calibre. Son seul tort avait été d'avoir jurer de venger la mort de son père. Il était pourtant tenu à l'écart des affaires.
Ainsi se clos le grand nettoyage de Maridet et ses amis. À la même époque, le 4 septembre 1993, Joachim Manuel Dos Santos Martins, 37 ans, était abattu à Aix-en-Provence de trois balles de 11.43 par un homme cagoulé qui a ensuite pris la fuite sur une moto conduite par un complice. Dos Santos Martins, propriétaire d'un restaurant vietnamien, avait des vues sur la discothèque les Mandragores.

À la fin 1993 et pendant l'année 1994, une vaste opération policière visant le milieu des boîtes va ramener le calme. Ainsi seront placés en détention provisoire, entre autres, Francis le Belge, Laurent Boglietti, Noël Mariotti, Jean-Jacques Maillet et Jacky le Mat. Tous seront relâchés quelques mois plus tard.

Ce coup de filet n'empêchera pas le Rock'N Roll Café de sauter en avril 1994, et n'empêchera pas non plus la mort de Rachid Belayel en décembre de la même année. Ce dernier, propriétaire de boîtes de nuit dans la Vaucluse, déjà victime d'une tentative de meurtre ratée en mai 1990, a été abattu à Aix-en-Provence. Par ailleurs, sa famille avait été victime d'une vendetta menée par Éric Schöne, lui-même victime d'une tentative de meurtre le 3 septembre 1990, et finalement assassiné en 1998 à Cavaillon. Ainsi ont été tués Hassan Belayel, père de Rachid, le 13 septembre 1990, puis le frère de Rachid, Mustapha Belayel, le 3 janvier 1991, suivit de son autre frère, Nicolas, en juin 1994. Ces morts violentes peuvent elles aussi être classées dans le violent épisode du Milieu qu'est la "Guerre des Boîtes".

La Guerre des Boîtes Aixoises, qui aura fait vingt morts et reste l'évènement le plus marquant des années 90 pour le Milieu des Bouches-du-Rhône, a complètement changé la donne. Les nouveaux venus sont désormais prévenus du danger que peut présenter un quelconque investissement. Mieux vaut connaître du monde si on veut se lancer dans les boîtes. Et mieux vaut savoir "partager" et encaisser les coups sans broncher. Le Chinois, le Belge, et les autres semblent l'avoir fait comprendre à tous.




PHOTO (de gauche à droite et de haut en bas): Francis le Belge, Tony l'Anguille, Jacky le Mat, Jean Toci, Raymond le Chinois et Tany Zampa.

# Online seit Mittwoch, 09. Februar, 2005 um 08:49

Geändert am Freitag, 22. April, 2005 um 09:58

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