Jean-Louis Fargette

Jean-Louis Fargette
JEAN-LOUIS FARGETTE




Une Vie qui Bascule, Voyou à 15 ans

Si l'enfance de Jean-Louis Fargette au sein de sa famille composée de huit enfants aimés de leur mère Micheline et de leur père Roger, militaire, fut tranquille, c'est à la suite d'un drame qu'elle prendra un tournant. Né le 20 mai 1948 à La Valette, un quartier de Toulon, Jean-Louis Fargette va rapidement aller vivre en Nouvelle-Calédonie avec sa famille où son père est en poste, pour retourner dans sa ville natale en 1959. Cette année-là, une terrible innondation secoue le Var. On dénombre 423 victimes. Parmi celles-ci, Roger Fargette. À onze ans, Jean-Louis se retrouve donc orphelin de père. La vie de la famille bascule, et Jean-Louis Fargette, JLF de ses initiales, vire voyou. Petit délinquant d'abord, préférant les bagarres contre les mecs des quartiers rivaux ou les militaires de la basse ville que l'oseille. Mais le jeune JLF a déjà une vocation de chef, et à quinze ans il tient une réputation. Ses premiers billets il les obtient en empochant les revenus de prostituées de Bandol travaillant pour un proxénète incarcéré. Voyou au grand coeur, Fargette va rapidement s'écarter de la profession de macrau, et avoir quelques litiges avec des membres de ce corps de métier, notamment d'origine arabe. Ainsi, il en blessera un à Toulon pour avoir maqué une fille qu'il appréciait, et en abattera un autre à Marseille, au Pharo. Malgré son jeune âge, JLF se fait donc un nom.

La Carrière est lancée aux côtés du Seigneur des Sablettes

Quelques temps plus tard, vers 1970, Jean-Louis Fargette va faire la rencontre de celui qui lancera véritablement sa carrière dans le Milieu : Louis Régnier, le "Seigneur des Sablettes", l'une des principales figures de la Pègre varoise. Plusieurs versions de leur rencontre existent. Celle qui est la plus souvent avancée : apprenant que Louis Régnier avait été enlevé et embarqué en Italie par des truands qui en voulaient à sa vie, JLF aurait prit un sac d'affaires et quelques flingues, serait partit pour l'Italie pour revenir quelques temps plus tard aux côtés d'un Loulou Régnier sain et sauf, l'ayant délivré de façon héroïque. Vrai ou pas, ce qui est sûr c'est que le "Seigneur des Sablettes" se prend d'affection pour ce courageux et audacieux voyou. Jean-Louis, pour sa part, voit en Régnier une sorte de deuxième père, qui le baptise de son surnom de truand : Le Grand.

En 1971, JLF est inscrit au Fichier du Grand Banditisme avec la note suivante : "capable de toutes les actions pour s'imposer au Milieu toulonnais". Son argent, Jean-Louis le gagnerai principalement grâce au racket, et en 1972 il achète un bar à Toulon, le Tonneau. Et n'est pas près de se laisser faire mettre à l'amende. Les deux truands qui ont essayé auront reçut du plomb en guise de réponse. Innocenté pour cette affaire car concidéré comme étant en état de légitime défense, Jean-Louis Fargette sera tout de même condamné à quinze mois de prison avec sursis pour port d'arme illégal. Puis après cette histoire, Jean-Louis achète un deuxième bar dans le "Petit Chicago", un quartier de Toulon, et prend des intérêts dans un autre à Paris, élargissant le cercle de ses associés, que ce soit à Toulon, Marseille, Avignon, Lyon ou Paris.

Fargette construit son empire

En 1976, Fargette se marie avec une jeune femme du nom d'Argelia, à Londres. Le couple fera deux enfants: Linda et Romain. Et, bien qu'ayant choisit la voie de la marginalité plutôt que l'honnêteté, Jean-Louis sera un père exemplaire, passioné de gadgets et ayant un grand sens de l'humour, possédant comme animal domestique une lionne.

Au milieu des années 70, la carrière du "Grand" est donc bien avancée, mais c'est en 1975, âgé de 27 ans, que Fargette va percer pour de bon. Lancé par son mentor Loulou Régnier, escorté de ses fidels lieutenants (ses deux frères Robert et Guy, son homme de terrain Jacky Champourlier, mais aussi Paul Grimaldi, José Ordioni, Henri Diana, Tony Donati, et son relais sur Marseille Daniel Savastano), Fargette va commencer à construire un empire à la hauteur de ses ambitions. Vers la fin des années 70 il prend possession de plusieurs boîtes de nuit du Var, quatre lui appartenant directement, les autres étant dirigées en sous-main. On oppose peut de résistance. Et puis JLF multiplie les sources de revenus, du trafic de chèques volés (pour lequel il passera trois mois en détention provisoire, et dira à ce propos "je veux bien qu'on m'accuse d'avoir dégommé dix mecs à la mitraillette, mais pas d'une embrouille aussi minable") aux paris truqués, en passant par les affaires légales. Par ailleurs, on l'a soupçonné un temps d'avoir participé à l'assassinat d'un juge toulonnais. Et puis pendant la deuxième moitié des années 70 Fargette va aussi rencontrer la politique en la personne de Maurice Arreckx, "parrain politique" du Var. Les deux hommes vont devenir des intimes, mettant leur pouvoir en synergie pour mieux satisfaire leur ambition démesurée. Et, en 1977, Arreckx confie à Jean-Louis Fargette la responsabilité du CAM (Comité d'Action de la Majorité). Mais la politique ne lui suffit pas, et Fargette se met à s'intéresser au show-bizz, organisant des concerts de stars au stade Mayol. Aussi, il a le projet de racheter le paquebot France pour en faire un casino flottant. Avec son associé Simon Waintrop il arrive à amasser 130 millions de francs, mais l'affaire tombe à l'eau pour des raisons administratives. Ce qui ne freine pas Fargette, qui créé en 1980 une société de distribution de boissons, les "Caves Varoises", imposant ses produits dans le Var, ainsi qu'un regroupement d'intérêts économiques, le CO-DI-PRA.

En 1982, tout va donc très bien pour Fargette et son véritable empire. Mais cette année-là, il est présenté à un tribunal pour avoir été vu en compagnie d'un braqueur italien recherché, Pascal Damiano, et condamné à un an de prison. Refusant catégoriquement l'incarcération, Fargette se met en cavale et part pour l'Italie. C'est là que son mythe prend véritablement naissance.

L'Exil Italien

Si la plupart du temps les cavales affaiblissent les truands, cela n'est pas vrai pour Jean-Louis Fargette, dont on mesurera toute la puissance pendant son séjour en Italie. Installé d'abord à Rome sur un conseil de Tany Zampa, JLF va ensuite se rapprocher de la frontière franco-italienne en achetant l'appartement d'un immeuble de luxe de Vallecrosia. À Toulon, Fargette devient une légende, on dit qu'il fréquent des hommes de la Mafia et de la franc-maçonnerie, qu'il aurait même été reçut par le Pape. Habitant à seulement 200 kilomètres de Toulon, il reçoit régulièrement sa famille et ses amis, et consulte ses lieutenants deux fois par semaine dans le salon privé d'un palace de San Remo, accueillant aussi les politiques avec qui il s'est associé. Et lorsqu'il ne reçoit personne, JLF passe sa journée au téléphone pour gérer ses affaires, utilisant un langage codé que même ses hommes ont du mal à comprendre. Autant dire que malgré son exil, celui qu'on appel désormais "Savonette" garde la haute main sur ses affaires. Il a notamment organisé depuis San Remo des placements de machines à sous et un trafic de fausses pièces.

En mai 1983, les carabiniers italiens l'arrêtent puis le relâchent deux mois plus tard contre une caution d'un million de francs. En 1984 et en 1987, c'est la même chose : Fargette est arrêté puis relâché quelques mois après chaque incarcération. Depuis son repère italien, il continue de vouloir toujours plus, sa mégalomanie devenant encore plus importante qu'auparavant. Vers le milieu des années 80, il prend des parts dans la radio "Hyères FM" par l'intermédiaire de son lieutenant Henri Diana, et en 1988 il tente de faire assassiner Bernard Franck, le patron de la foire qui lorgnait sur la galaxie Fargette. Cette voracité vaut à JLF de n'avoir pas que des amis, et en 1988 on attente à sa vie à Rome. Il en sort indemne. Par ailleurs, pour justifier ses revenus, "Savonette" monte aussi quelques affaires en Italie : il ouvre une pizzeria et lance une ligne de jeans "JLF" qui fera faillite.

En 1991, Fargette réussit à réunir 15 millions de francs pour ouvrir la plus grand boîte de France, le "Cosmos", à la Valette. Mais malheureusement pour lui, elle fait faillite. Il commence alors à s'intéresser à plusieurs affaires légales, un peu dans les pays de l'est et en Afrique, et surtout dans le Var, notamment à propos du projet Sophia-Esterel à Fréjus, de l'extension de l'aéroport d'Hyères et du projet de la création d'une société d'importation de ciment, baptisé "Ciment Varois".

Par ailleurs, le mal du pays commence à gagner Jean-Louis "le Grand", qui espère pouvoir rapidement regagner le Var car la prescription pour sa condamnation de 1982 approche. Mais en 1992, le FISC lui réclame plus de quatre millions de francs. Tant pis, JLF restera en Italie. Pour toujours : le 18 mars 1993 son corps est retrouvé criblé de cinq balles de 357 Magnum tirées par un tireur embusqué. Meurtre politique commandité par les ennemies de Arreckx pour l'affaiblir? Possible (on a notamment soupçonné Yann Piat), mais la véritable raison de ce meurtre semble plus proche du Milieu, et plus d'un pense que ce sont les lieutenants de Fargette, Jacky Champourlier en tête, qui ont voulu se débarasser d'un boss trop encombrant, trop gourmand. Ce qui est sûr, c'est que beaucoup de voyous vont se sentir pousser des ailes et se mettre à vouloir grapiller quelques morceaux de l'empire laissé par Fargette. Les guerres de succession vont s'étaler jusqu'en 1995 et faire une bonne dizaine de morts, une grande partie des ex-lieutenants de JLF y laissant leur peau.

À Toulon, deux mille personnes se massent pour l'enterrement du Parrain. Sur une couronne de fleurs, on peut lire "Tu es le boss et tu le resteras toujours...".




À Lire : Fargette, Caïd de la Côte, de Jean-Yves Estrades (éditions Plein Sud)

# Posté le jeudi 01 septembre 2005 14:02

Deux des Plus Terrible Bandes du Paris et du Marseille de la Belle Epoque

Deux des Plus Terrible Bandes du Paris et du Marseille de la Belle Epoque
Je fais assez rarement des articles sur des voyous d'avant 1945, mais là j'ai un double article sur deux des plus terribles bandes d'avant la Première Guerre Mondiale : l'Équipe de Fer, de Paris, et la Bande des Vingt et Un, de Marseille.La première est menée par René Lambert, dit le Grand, la seconde par François Albertini, dit le Fou.
À cette époque, il n'existe pas réelement de Milieu. Il serait plus approprié de parler de Pègre ou de Haute-Pègre.Les armes à feu ne sont pas encore très répendus chez les "marlous" (appellation parisienne) et les "nervis" (appellation marseillaise), qui préfèrent régler leurs comptes d'homme à homme, à coups de surin ou de gourdin. Le corps de métier le plus en vogue est évidemment le proxénétisme. Suivent trafiquants de femmes, escrocs, voleurs, montes-en-l'air, casseurs, adeptes de la "reprise" (le racket), faux-monnayeurs, joueurs professionels, bookmakers et autres bonneteurs. Une faune louche issue des quartiers pauvres d'alors, constituée d'enfants déshérités, fils d'ouvriers ou de chifoniers, ou bien orphelins, pour la plupart. La majorité d'entre eux ont commencé très tôt à voler, pour ensuite se retrouver dans un de ces terribles bagnes pour enfants que l'on trouvait alors en France. À leur sortie, ayant, pour certains, obtenus la majorité, ils se lancent dans le proxénétisme en maquant une première fille. D'autres préfèrent choisir l'une des professions citées plus haut, selon leurs possibilités et leurs aptitudes. Puis arrive le service, effectué dans le Bat' d'Af', un corps d'armé réservé aux voyous, puis bien souvent le bagne militaire. Une fois son service militaire effectué, l' "Appache" peut réelement lancer sa carrière. Violence, rixes, meurtres, voyages à l'étranger, prison et relégation au bagne attendent les jeunes voyous.



L'EQUIPE DE FER

Elle est sans doute la pire bande du Milieu français de la Belle Époque. Voici une grande partie des truands qui la composent :

Albert l'Arabe (abattu par erreur en 1929 à Londres)
Bibi le Gloire
Arthur Carrel (plusieurs fois évadé du bagne)
Xavier Cboppe (fils de notable)
Michel Cropp
Coco la Vache
Dédé de Dunkerke (mort de maladie)
Georges Haineaux, dit Jo la Terreur (truand de grand renom)
Julot le Voûté (mort dans une rixe après la guerre)
Max Kassel, dit le Rouge (truand notoire d'origine polonaise, abattu à Londres en 1936 par un souteneur qu'il avait racketté)
Mimoun les Beaux-Yeux
Mégot
Michel des Gobelins (beau-frère du Grand René, mort au bagne de Guyanne où il avait été envoyé après le meurtre d'un policier)
Marcel du Perreux
Patte de Dinde
Raoul Pinsol, dit le Fou (mort au bagne de Guyanne après son arrestation à Londres)
Zizi l'Algérien



Le chef de cette bande, René Lambert, dit le Grand René, est né en 1887 à Grenelle, dans le XVe arrondissement de Paris, où ses parents tiennent une boucherie. En 1905, alors âgé de 18 ans, il s'engage dans l'armée. Forte tête, une bagarre l'oppose à son lieutenant et René Lambert finnit à Biribi (terme générique employé pour désigner les bagnes militaires, situés en Afrique du Nord). L'horreur de Biribi endurcit le Grand René, appelé ainsi pour son imposant mètre quatre-vingt cinq. Mais au soleil d'Afrique, René préfère la vie parisienne. Il s'évade donc du bagne de Biskra en compagnie de Xavier Cboppe, fils du procureur de Rennes, qui va devenir un redoutable membre de l'Équipe de Fer. De retour à Paris, le Grand René entre dans le proxénétisme et constitue sa terrible bande, dont la moitié revient des bagnes d'Afrique. Jo la Terreur, Michel Cropp, Patte de Dinde ou encore Julôt le Voûté sont parmis ses premiers fidels. Leur quartier général se trouve au bistrot des Quatres Saisons, à l'angle des rues Lepic et Véron.

Se rendant compte du potentiel de son équipe, le Grand René entreprend de mettre à l'amende les trafiquants de femmes de Paris. L'efficacité avec laquelle opèrent ses troupes le pousse à s'attaquer aussi aux macs. Beaucoup y passent. Le Grand René est craint. Costaud et rude bagarreur, il s'enrichit et porte désormais un canotier à ruban de soie. Mais mettre le Paris des proxénètes en coupes réglées n'est pas une entreprise facile, et plusieurs accrocs surviennent. Comme en 1910, lorsque Georges Schlin, qui tient plusieurs bars et maisons closes, refuse de plier face à l'Équipe de Fer. Une rixe s'ensuit rue des Abbesses et deux comparses de Schlin y trouvent la mort. Un peu plus tard, un homme de l'Équipe de Fer, Marcel du Perreux, est blessé par Sanson les Yeux-Tatoués, fidel de Schlin. Au final, le Grand René recule face à Schlin. Les règlements de compte de ce type se multipliant, il préfère quitter Paris pour Londres avec quelques hommes, craignant des représailles ainsi que la répression policière.

René Lambert n'a pas choisit Londres par hasard. La ville est alors aux mains des proxos étrangers (allemands, polonais, maltais...), et les français y occupent une place de choix. Il y gagne son nouveau surnom : René de Londres. Sur place, il reconstitue son équipe en faisant venir des durs de Paris. Ils s'installent dans la Old Compton Street et fréquentent la demi-douzaine de bistrots de l'artère tenus par des français. Dans la capitale anglaise, l'Équipe de Fer remet ça. La technique est simple : un homme de la bande s'introduit dans un flat (petits appartements où travaillent les prostitués) et force l'occupante de celui-ci à lui remettre ses économies. Si le mac mis à l'amende est mécontent, il doit faire face à l'Équipe de Fer. La grande majorité préfère donc ne pas faire de réclamations.

Néanmoins, en 1912, des souteneurs de toutes nationalités se réunissent pour mettre fin à la bande par la force. L'entreprise est vaine : seul Zizi l'Algérien reçoit une balle dans l'épaule. Quelques temps plus tard, la communauté des proxénètes convoque l'Équipe de Fer, prétextant le braquage de Ladouce, un souteneur "Voyageur" de passage à Londres. Toutes les nationalités sont représentés, Charlot Balada (futur caïd de Londres) et Antonio Castanero étant les émissaires des macs français. L'affaire s'arrange et finalement, pressés par la police, René de Londres et ses comparses rentrent à Paris en 1916. René Lambert meurt à 36 ans, en 1923, d'une phtisie. Enterré au cimetière de Bagneux, ses obsèques réunissent tous les grands noms du Milieu de l'époque.





LA BANDE DES VINGT ET UN

Voici une liste très incomplète des membres de cette bande :

François Albertini, dit Le Fou (il est le chef de la bande)
Sauveur Janello, dit Le Noir
Marius le Noir (beau-frère du Fou)
Lucien Mattei
Fortuné Gramegna
Gassin
Paradis
Cosmo Miello



François Albertini est né le 26 décembre 1872 à Bastia. Habitant Marseille, il se fait truand et s'installe à Saint-Jean, où se trouve le "Quartier Réservé". Il s'agit-là d'un périmètre composé d'une dizaine de rues où la prostitution en maison est autorisée, faisant de ce "quartier réservé" une zone franche du proxénétisme. En 1873, on y trouvait 125 "bordels". Les prostitués de rue tapinent, elles, dans un second Quartier Réservé, situé dans la Ier Arrondissement de Marseille.

Le quartier Saint-Jean, avec ses restaurants, ses bars et ses maisons closes, est alors le haut lieu du Milieu marseillais. S'y réunissent les souteneurs de haut-vol, tenanciers, vendeurs de femmes, placiers, des voyous bien habillés portant des foulards de soie rose. Les gars de Saint-Jean s'en remettent à l'autorité incontestée de François Albertini, dit le Fou pour sa capacité à simuler la folie à chacun de ses procès. L'homme, derrière une allure d'honnête banquier, assez maigre, portant une petite moustage sur son visage fin, est redouté de tous pour sa cruauté. D'ailleurs, lorsqu'un mac a un problème avec une fille récalcitrante, il fait souvent appel au Fou. Jo Bennedetti raconte : "À la deuxième incartade, nous mettions François "le Fou" au courant et la nuit, nous allions tuer la petite derrière la Pharo ou sur les rocher de la grande digue. Nous l'attachions à des tombés de rails de tramways et nous la jetions à la mer. Personne n'en savait rien, c'était pas comme maintenant". François "le Fou" Albertini reigne ainsi en maître sur sa "bande des Vingt et Un" et sur "son" quartier Saint-Jean. De plus, un pacte passé avec la police offre au Fou une impunité casi-totale en échange du renoncement de la bande des Vingt et Un à d'autres activités que le proxénétisme.

Mais la place de choix qu'occupe le Fou n'est pas au goût de tous. En effet, au contraire de Paris, à Marseille la place manque pour les souteneurs, et on se marche souvent sur les pieds. Les plus grands ennemies des "Vingt et Un" demeure les types de Saint-Mauront (au nord-ouest de la Joliette), dont la bande est appelée "l'As de Trèfle" et est emmenée par Louis Ausset, dit Testasse. On la craint au moins autant que la bande des Vingt et Un, sinon plus. Mais les saint-jeannais ne les concidèrent que comme de petits voyous, ce qui a le don d'énerver les "Appaches" de Saint-Mauront. Et, en 1900, le conflit entre les deux quartiers éclate. Le prétexte évoqué? François le Fou aurait volé la femme du Blond, un mec de Saint-Mauront. La tention est à son comble, et un beau jour le Blond descend à Saint-Jean accompagné du caïd Testasse et de quelques autres voyous. Ils y abattent deux saint-jeannais, puis, forts de cette action de guerre, rackettent pendant un moment le Quartier Réservé. Pas longtemps. La bande des Vingt et Un prend des mesures et contre-attaque. Un peu plus tard, un front imaginaire est tracé sur les étendus du Lazaret. Le Milieu marseillais va alors connaître de nombreux règlements de compte et de batailles rangés entre les deux bandes, jusqu'en 1911. Néanmoins, à partir de 1905 le climat redevient relativement calme après quatre années terriblement meurtrières entre 1900 et 1904. Cette année-là voit se dérouler l'affaire Gassin, qui sonne la fin du règne de François Albertini sur Saint-Jean.

Un jour de cette année 1904, un homme de Saint-Jean abat un ennemi, Costa. Cette élimination n'est pas approuvée par tous et Gassin, de la bande des Vingt et Un, déclare publiquement qu'il réprouve cet acte. Le Fou ne peut tolérer un tel affront. Quelques jours plus tard, ne se méfiant pas, Gassin est la cible de quarante coups de revolver. Quatorze balles lui traversent le corps, mais il survit. Appeuré, il trouve refuge chez Paradis, un voyou qui, lui, n'a pas lâché son ami. Mais le Fou et les "Vingt et Un" ont la rancune tenace. Le 7 mai 1904, Pardis est visé par des tireurs embusqués. Il échape aux balles. Le lendemain, c'est jour d'élection. Gassin et Paradis, en bons citoyens, prennent le risque d'aller voter, à l'heure de la sieste pour éviter de croiser le Fou et compagnie. Peine perdue. Une fusillade éclate et Paradis est blessé tandis que Gassin n'est même pas blessé. Les deux hommes sont décidemment chanceux. Peut-être pas Paradis... Le même jour, au soir, il joue avec sa vie en allant assister au dépouillement des votes. Ses ennemies l'attendaient...

À la suite de cette affaire, trois homme de la bande des Vingt et Un, Miello, Mattéi et Gramegna, sont arrêtés. François Albertini et son comparse Sauveur "le Noir" Janello ont, eux, pris le large. Pour les Amériques. À Marseille, la guerre entre Saint-Jean et Saint-Mauront continuera jusqu'en 1911, l'arrestation de Testasse et la condamnation du Fou aux travaux forcés à perpétuité puis à la peine de mort par contumace y ayant mit fin. La rivalité entre Saint-Jean et Saint-Mauront n'est pas pour autant éteinte, et l'année 1923 verra se dérouler les derniers affrontements entre les deux quartiers, avec un vindicatif Antoine la Rocca lancé contre les frères Russo.

À l'étranger, si Sauveur Janello décide de s'installer à la Havane (il est d'ailleurs le premier souteneur français de Cuba), François Albertini, après des séjours en Angleterre, au Portugal et en Amérique du Sud, part, lui, pour le Vénézuela en 1907 et monte des maisons closes à Caracas et Maracaibo, puis rejoind en 1912 ses compatriotes à Buenos Aires (la "capitale", avec Londres, des voyous français partis pour l'étranger). Devenu millionaire, le Fou se fixe au Mexique dans les années 30 vivre une retraite... bien méritée.





IMAGE (de gauche à droite et de bas en haut) : affiche de protestation contre Biribi, le système répressif de l'Armée Française ; première page du "Petit Journal", présentant une bande de truands affrontant des policiers ; "marlou" parisien portant les habits "classiques" du voyou de l'époque ; un truand tatoué, ce qui était très fréquent au sortir de la prison ou du bagne avant la deuxième guerre mondiale ; le quartier Saint-Mauront (rue Félix Pyat) ; une colonie pénitentiaire pour mineurs.

# Posté le mardi 12 juillet 2005 18:24

Modifié le jeudi 14 juillet 2005 08:36

UN AN

Aujourd'hui ça fait un an que ce skyblog existe. Au total, sur une année, environ 70 000 personnes l'ont visité et à peu près 2000 commentaires ont été postés, pour 35 articles (sans compter ceux que j'ai supprimé) et sept pages.

Au passage, je dis merci à ceux qui ont contribuer indirectement à faire avancer ce skyblog par leurs commentaires:
Moos75, le Thio, Colonna, White Horse, Nissa la Bella, le Santon... et puis aussi Ali et Exper ala BRB pour le tout début. Et tant pis si y'en a que j'oublie.

Voilà le nombre de visites que j'ai eu chaque mois depuis le 28 juin 2004 :

JUIN 2004 : 1

JUILLET 2004 : 543

AOÛT 2004 : 870

SEPTEMBRE 2004 : 8303

OCTOBRE 2004 : 16 725

NOVEMBRE 2004 : 12 296

DÉCEMBRE 2004 : 8471

JANVIER 2005 : 3855

FÉVRIER 2005 : 4212

MARS 2005 : 2684

AVRIL 2005 : 6016

MAI 2005 : 3655

JUIN 2005 : 2209

# Posté le lundi 27 juin 2005 20:07

Modifié le dimanche 17 juin 2007 05:17

Ahmed Otmane, roi de l'évasion

Ahmed Otmane, roi de l'évasion
AHMED OTMANE





Lorsqu'Ahmed Otmane né le 9 octobre 1961 à Gardanne, il ne sait sûrement pas qu'au cours de sa vie il s'évadera sept fois, ratera cinq évasions, participeras à deux, et échappera à une arrestation du GIGN. De quoi lui décerner incontestablement le titre de roi de la "belle".

Ahmed Otmane, dit Mabrouk ou Ninja, commence donc sa vie en 1961 dans la ville industrielle de Gardanne. Ses parents, d'origine algérienne, ont mit au monde dix autres enfants, sept garçons et trois filles. Ahmed passe son adolescence à traîner dans la banlieue marseillaise où il enchaîne les petits larcins (vols divers, cambriolages de petite envergure). C'est l'époque où Zampa et ses sbires font régner leur loi sur la cité phocéenne. Le jeune Ahmed se prend d'admiration pour le caïd marseillais et veut à tout prix marcher sur ses pas. La première fois qu'il est arrêté, Otmane est déjà monté d'un cran dans le banditisme en se lançant dans le braquage. Celui pour lequel il tombe la première fois a été commis en 1982 dans les quartiers nord de Marseille. Incarcéré à la maison d'arrêt de Loos, à Lille, Otmane profite d'une permission en 1984 pour prendre la poudre d'escampette. Et lui qui n'a peur de rien, qui "craint dégun", ne se repose pas sur ses lauriers. Lorsqu'il est arrêté en 1985, il a commis neuf braquages supplémentaires. Peu de temps après, une arme préalablement collé sous le banc où il s'assoit lors d'une présentation à un juge du palais de justice de Marseille lui permet de retrouver la liberté.



Caïd en Puissance

"Désormais adulte, caïd en puissance, la ruse et la violence deviennent avec le 11,43 et le 357 Magnum ses armes favorites".

L'argent récolté lors de nombreux braquages commis dans tout le sud, et en particulier sur la côte, Ahmed Otmane le réinvestit dans des affaires légales. Pour organiser ses gros coups et monter son empire, il s'appuie d'abord sur sa famille, et en particulier son cousin Birabah Meghoulef et peut-être aussi son frère jumeau Hadj, dont on dit que seul une fleur tatoué sur le bras gauche d'Ahmed permet de les distinguer. Mais la famille n'est pas le principal vivier de recrutement d'Ahmed Otmane. Le gros de ses troupes est formé de voyous de Gardanne, parmi lesquels beaucoup de maghrébins et d'italiens. Ensemble, ils forment la redoutable "Bande de Gardanne", soupçonnée de régner sur tout le Milieu de l'Étang-de-Berre. Au cours de la deuxième moitié des années 80, Ahmed et sa bande font l'acquisition de deux bars à Gardanne, d'un piano-bar à Aix, d'un bar marseillais et d'une boîte de nuit dans les Alpes-de-Haute-Provence. En plus du braquage et des affaires légales, l'équipe fait aussi logiquement un peu dans le racket.

Ahmed, lui, déteste l'uniforme. On le soupçonne d'avoir assassiné deux vigiles au Cannet-des-Marnes en septembre 1985 et un gendarme au Muy trois mois plus tard. C'est donc activement que la police le recherche. Alors qu'il n'a que 24 ans, 230 gendarmes du GIGN et plusieurs hélicoptères sont déployés pour procéder à son arrestation en juillet 1986, à Gardanne. Mais ne trouvant pas le sommeil, Ahmed était allé ce soir-là boire un verre dans une boîte. Intrigué par l'agitation de la ville, il préfère alors disparaître dans la nature.



Les Gendarmes et le Voleur

"Les Gendarmes et les voleurs, ce n'est pas un jeu pour lui, plutôt un styles de vie".

En mars 1987, Ahmed Otmane va signer une nouvelle action d'éclat. Son frère jumeau Hadj, interpellé au volant d'une voiture volée, a été conduit au commissariat de Sanary, dans le Var. Ahmed y fait irruption armé d'un 11.43, libère son frère et arrose les policiers pour couvrir sa fuite. Leur cousin, Birabah Meghoulef, les a épaulé dans cette opération. Ahmed, blessé, va lui se faire soigner à l'hôpital d'Aubagne. La police retrouve sa trace et l'arrête. Otmane va alors montrer au cours de sa détention aux Baumettes qu'il n'aime vraiment pas la prison.

Le 3 décembre 1987, il scie les barreaux de sa cellule et rejoint la cour de la prison, mais les gardiens le rattrape in extremis. Le 11 mars 1988, ses proches cachent une grenade dans le box des prévenus du tribunal d'Aix-en-Provence où il doit comparaître. La police la trouve avant lui. Peu après, il tente de s'évader en escaladant un échafaudage mais il est rattrapé de justesse. À Avignon, où il devait être présenté à un juge d'instruction, la police découvre une arme dans les toilettes du palais de justice. À Toulon, où il est entendu par un magistrat, on repère l'un de ses frères qui prévoyait sans doute de le faire évader. L'évasion réussite arrivera finalement le 16 juillet 1989, lorsqu'Otmane s'échappe des Baumettes en sciant les barreaux de sa cellule alors qu'il est au quartier d'isolement. Libre, il part se mettre au vert à Fréjus. Mais seulement dix jours après sa belle, le 26 juillet, les policiers lui remettent la main dessus. Insouciant, Otmane louait un studio à l'hôtel "le Méditerranée" et prenait chaque jour des cours de planche à voile. Néanmoins, les policiers retrouveront dans son appartement deux 11.43, un stock de grenades et 20 000 francs en liquide. De quoi leur fausser à nouveau compagnie. Mais lorsqu'il est cueillit, Otmane est "nu".

Transféré à la prison de Mende, c'est donc de là qu'il va signer une nouvelle belle, le 11 décembre 1989. Grâce à un pistolet en carton brandit contre les matons par son voisin de cellule Hamdane Djemaa. L'arme factice a été confectionnée de main de maître avec du carton et du papier journal rigidifiés grâce à de la mie de pain et du lait. Les dénommée Stéphane Gardes et Rémy Sivame, compagnons d'Otmane, sont aussi de la partie. Djemaa, lui, est retrouvé et tué à Nîmes. Il emmène avec lui la vie de deux policiers.

Ahmed Otmane, lui, préfère quitter la France pour l'Espagne et s'installe à Barcelone. Régulièrement, environ trois fois par semaine, il appel ses lieutenant sur une ligne située à Port-de-Bouc (Bouches-du-Rhône) pour gérer ses affaires depuis sa base arrière, et rencontre certains de ses fidèles à Stockholm, Bruxelles ou Barcelone. C'est depuis cette dernière ville qu'on le soupçonne d'avoir monté un trafic d'héroïne et de cocaïne, ce qui expliquerait ses voyages au Brésil.

En juillet 1990, considéré comme l'un des gangsters les plus dangereux d'Europe occidental, recherché dans six pays, il est arrêté en Espagne et incarcéré à Madrid. Et tandis que son frère jumeau et son cousin ont été condamné pour l'attaque du commissariat de Sanary à 8 et 4 ans, lui s'évade une nouvelle fois, avec un codétenu, le 10 avril 1991. Direction la Hollande où, sous le nom d'emprunt d'Ayme Marouani, il entame une nouvelle série de braquages. Arrêté et incarcéré près d'Amsterdam, Otmane s'en évade par hélicoptère le 2 août 1992. On soupçonne son cousin Meghoulef, lui-même évadé de la même manière quelques jours plus tôt avec quatre détenus, dont les cousins Abdelkader et Ouari Attou, incarcérés pour braquages, de lui avoir prêté main forte.



Un Mythe est en train de naître

Le 2 mars 1993, Ahmed Otmane est arrêté une ultime fois, en Espagne, avec deux complices de nationalité italienne, les frères Luigi et Carmelo Guagenti. Étrangement, cette arrestation est espacée de sept mois jour pour jour de l'évasion précédente, tout comme se fut le cas pour l'arrestation de 1990, qui avait d'ailleurs aussi eu lieu en Espagne. Peu après cette ultime incarcération, la police déjoue au dernier moment une tentative d'évasion par hélicoptère. Otmane s'évade finalement fin mai 1994, profitant, lors d'un transfert, que l'on ait oublier de verrouillé la porte de son fourgon pour s'échapper. Depuis, plus aucune trace du "roi de la belle", que beaucoup de témoins disent avoir aperçut dans le sud. Mais il y a peut-être eu confusion avec son frère jumeau.

Par ailleurs, certains hommes de la "bande de Gardanne" ont tragiquement perdus la vie. Alain Pieracci, 51 ans, l'un de ses principaux lieutenants, abattu en juillet 1999 de quinze balles de gros calibre tirées par trois individus cagoulés, près d'Aix, ou encore Azedine Dif, tué le 20 juin 2002 au 11.43, sont de ceux-là.

Le 28 novembre 2002 aura lieu une évasion dont on pense qu'Otmane est l'organisateur. Ce jour-là, à 16h50, trois hommes très puissamment armés débarquent à la centrale d'Arles avec une échelle et des véhicules. L'opération vise à faire évader cinq prisonniers. Mais voilà, une fusillade éclate avec les miradors. Un membre du commando, Karim Guermoudi, est abattu ainsi qu'un détenu, Vincenzo Caredda. Ils appartenaient tous deux à la "bande de Gardanne". Les quatre autres détenus candidats à l'évasion sont tous maîtrisés. Parmi eux se trouvent le cousin d'Ahmed Otmane Birabah Merghoulef. Les deux autres membres du commands sont identifiés comme étant Ouari et Abdelkader Ouari, deux cousins ayant des liens familiaux avec Meghoulef.

Actuellement, la police soupçonne Otmane d'avoir trouvé refuge dans sa famille en Algérie, tandis que son équipe aurait misé sur les machines à sous et occuperait une place importante dans les Bouches-du-Rhône, notamment à Aix. Famille, proches, liberté, violence, ruse, courage... Telles sont les mots d'ordre qui sont en train de permettre à Otmane de s'élever au rang de mythe du grand banditisme, faisant fantasmer beaucoup de jeunes de Gardanne qui rêvent de rejoindre "l'école Otmane".



ARTICLE DE L'EXPRESS AVEC UN PARAGRAPHE SUR OTMANE

BLOG SUR LEQUEL ON TROUVE DES EXTRAITS DU LIVRE "LES PARRAINS DE LA CÔTE" PARLANT D'OTMANE.

# Posté le mercredi 08 juin 2005 13:54

Modifié le mardi 21 juin 2005 07:25

PAULO LECA

PAULO LECA
PAULO LECA (1905-1966)










De l'Or dans le Train et dans les Mains

Paul Leca est né le 14 mai 1905 à Valle-di-Mezzana, en Corse du sud. Embarqué pour le continent, il atterrit à Marseille. Il y trempe très jeune dans divers trafics, notamment celui des faux billets, ainsi que dans le vol, et se fait remarqué dans le quartier de Saint-Jean. Il en devient l'un des caïds.

En 1936, son nom est cité dans des affaires de vol, et en 1938 dans une très grosse affaire : celle du train de l'or. Les premiers traits de l'affaire ont été tracés à la Centrale de Nîmes. Le coup réunit deux bandes de Marseille, l'une venant de la Belle-de-Mai, emmenée Paul Pedusi et comptant dans ses rangs Gu Méla, l'autre de Saint-Jean, ayant pour chef de file Paulo Leca. Au total, on compte seize participants. Une nuit de septembre 1938, un train transportant 180 kilos d'or, des diamants et des rubis bruts, entreposés dans un wagon blindé gardé par deux homme armés, quitte la gare Saint-Charles à Marseille. Tout juste quelques minutes après son départ, le train s'arrête bizarrement à hauteur de Saint-Barthélémy. Les hommes d'équipage descendent du train pour voir ce qui se passe. À peine descendus, ils sont mitraillés. Une partie des braqueurs les met en joue tandis que d'autres chargent l'or et les diamants dans une camionnette. Quelques temps plus tard, quelques participants venus de la Belle-de-Mai sont arrêtés. Les autres, sentant le vent tourné, se réfugient à Paris.


Paulo Leca, lui, décide de régler son compte à Attilio Deci, venu de la Belle-de-Mai et ayant participé au coup du train de l'or, à cause d'un vieux contentieux à propos de faux billets. Pour se faire, il lui propose de s'associer avec son équipe le temps d'une affaire. À peine arrive-t-il à ses côtés que Paulo le remplit de plomb. Ses amis balancent le cadavre de Deci à la mer.

Fin 1940, Paul Leca est interné au camp de Mauzac, et revient à Marseille en 1943, en partie libéré grâce à son amitié avec le parrain Paul Carbone. À Marseille, il devient l'un des principaux imprimeur de faux tickets d'alimentation et travaille pour les services, volant à l'occasion pour leur compte des documents militaires à la marine allemande. À la libération, Leca est accusé de collaboration. Le patron de la Sûreté, Pierre Berteaux, que Leca a rencontré à Mauzac, intervient et l'innocente.



Un Gros Poisson

À la Libération, Paulo Leca est devenu un très gros poisson, lié à de nombreuses figures du Milieu et ayant des relations policières à un haut niveau qui le protégeront longtemps. Ayant toutes les apparences de la respectabilité, possédant des participations dans des bars niçois, Leca affiche un mode de vie de nabab, costumes coûteux sur le corps et porte-cigarettes en or à la bouche.

Après la guerre, il pille les châteaux, trafique les faux dollars et les cigarettes de contrebande. Il excelle dans ce dernier secteur et devient l'un des plus gros trafiquants de cigarettes de Marseille, peut-être même le plus gros juste après Jo Renucci. Son superbe yatch, l'Éliette, sert à son équipe pour faire la navette entre Tanger et Marseille, les cales du bateau remplit de blondes. En décembre 1949, deux tonnes de cigarettes de contrebande sont saisies dans un camion près de Marseille. Leca est confondu quelques semaines plus tard. Son yatch est saisi. Lui est condamné à une amende de 130 millions de francs et trois ans de prison par contumace. Paulo Leca est en effet en cavale. Mais pour une autre affaire. Celle des bijoux de la Bégum, le coup le plus fameux des années d'après-guerre..

Le 3 août 1949, aux alentours de midi, sous un soleil tapant, une Cadillac transportant l'Aga Khan, père spirituel des Ismaéliens (secte musulmane) et l'un des hommes les plus riche au monde, accompagné de sa femme, la Bégum, élue Miss France en 1930, quitte une luxueuse demeure du Canet pour se rendre à l'aéroport de Nice. Un cycliste ralentit d'abord la voiture. Un peu plus loin, elle est bloquée par une traction arrêtée au milieu de la route, et dont le chauffeur fait mine de se soulager sur un mur. Brusquement, il se retourne et braque une mitraillette sur les occupants de la Cadillac. Deux autres hommes, portant des bérets basques et des lunettes de soleil, surgissent de la traction et s'emparent, sous la menace de leurs armes, du sac rouge de la Bégum, remplit de bijoux, dont la Marquise, un diamant 22 carats. L'Aga Khan est délesté de son portefeuille. Avant de prendre la fuite, les bandits prennent soin de crever les pneus de la Cadillac. Le montant du casse s'élève à 213 millions de francs, un record pour l'époque. On parle de "Casse du Siècle".

L'organisateur de l'affaire n'est autre que Paul Leca, secondé par un autre homme de poids, Charles Vincéleoni. C'est un américain retraité proche de la femme de ménage de la Bégum qui a apporté le coup à Leca. Le cycliste chargé de ralentir la Cadillac est Barthélémy Ruberti. Les trois braqueurs sont François Sanna, dit Chois, Jacques Bennedetti et Paul Mondoloni. Quand au chauffeur de la traction, il s'agit de Roger Sennanedj. Grâce à la batterie du véhicule, la police identifie ce dernier. Mis indirectement au courant par la presse, les membres de l'équipe l'élimineront avec sa compagne en Suisse par précaution, alors que la police est sur ses traces.

L'enquête n'avance pas. Jusqu'au jour où Jean-Thomas Giudicelli, homme respecté dans le Milieu mais indicateur invétéré, donne les noms de Ruberti et Sanna, en 1950. De leur côté, les deux compères arrêtés balancent toute l'équipe. Michel Nicoli, juge de paix du Milieu marseillais et oncle de Mondoloni, conseille à l'équipe de restituer le butin du casse pour alléger les charges qui pèsent contre eux. Ainsi, le 26 février 1950, la magot est mystérieusement déposé devant une porte du principal commissariat de Marseille. Leca prend la fuite en Camargue puis à New-York tandis que Mondoloni paye sa caution et s'enfuit à Cuba. Au procès, en juin 1953, Sanna est condamné à dix ans, Benedetti à huit ans et Ruberti à six ans. Vincéleoni, pour sa part, est acquitté tandis que Leca et Mondoloni sont condamnés aux travaux forcés à perpétuité par contumace.

Mais l'affaire de la Bégum ne s'arrête pas là. À sa sortie de prison, se sentant lésé par la restitution du butin conseillée par Michel Nicoli, Jacques Benedetti abat ce dernier pour son conseil inutile le 14 juillet 1958. En 1976, il est lui-même abattu sur ordre de Paul Mondoloni, neveux de Nicoli. Entretemps, en juillet 1960, Jean-Thomas Giudicelli est tué d'une rafale de mitraillette, sans aucun doute pour l'une de ses dénonciations, peut-être pour celle concernant l'affaire de la Bégum.

Paulo Leca, lui, quitte New York en août 1960 pour la France et s'y constitue prisonnier. Jugé en novembre 1961, il bénéficie grâce à son ami Pierre Berteaux, patron de la Sûreté, de "circonstances atténuantes" et est condamné à deux ans de prison et au versement d'une amende de 91 millions de francs. Ayant déjà purgé dix-huit mois de détention préventive, il sort libre. Coulant une retraite paisible dans sa propriété de Sainte-Marguerite, il meurt dans son lit en février 1966.

ARTICLE SUR LE CASSE DE LA BEGUM

# Posté le mercredi 25 mai 2005 08:02

Modifié le mercredi 25 mai 2005 08:30