PAROLES DE VOYOU : Michel Ardouin

PAROLES DE VOYOU : Michel Ardouin
Voici quelques extraits du livre de autobiographique de Michel Ardouin "Une Vie de Voyou" qui permet de mieux cerner certaines réalités du Milieu d'hier.






Hiérarchie géographique dans le Milieu parisien des années 60 et 70

Dans le Milieu il y a une hiérarchie géographique. À l'origine, les mecs viennent de la banlieue, plutôt nord, d'Argenteuil, de Saint Ouen, des coins comme ça. Des voyous de barrière comme on les appelle, qui n'ont jamais franchi les fortifs. Ensuite, il y a ceux qui commencent à monter. Les mecs traînent alors à Clichy, aux Batignolles, fréquentent les bars, mettent une tournée. Quand ils commencent à toucher de l'oseille, certains quittent leur bleu de travail. J'ai connu des bars de voyou, dans le XVIIIe, où le mec était en cotte avec la fermeture éclair sur la poitrine, le calibre et les sous pour aller jouer à la passe anglaise. Des dangers publics souvent.
Le voyou qui réussit un peu mieux monte vers le XVIIe. Il faut qu'il soit présenté, qu'un mec l'amène. Le Milieu ça marche par équipes. Dans les établissements de l'avenue Wagram, Mac Mahon, des Ternes, il fréquente des gens qui peuvent lui placer sa femme dans un meilleur endroit, qui peuvent lui fournir un armement plus convenable que celui qu'il touche sur sa zone. Il peut trouver des coéquipiers et monter sur des affaires aux dimensions nationales, voire internationales. Fini, pour lui, le cambriolage dans la banlieue d'à côté. Le mec commence à vivre. S'il rencontre une gonzesse de meilleure tenue dans le quartier, elle va le rhabiller, le faire briller.
Après le XVIIe, il peut monter vers les deux, trois bars des Champs-Elysées. Là, ça devient la classe, c'est vraiment le voyou arrivé. [...]

Pour les gonzesses, c'est pareil, il y a une ascenssion sociale : d'abord les taules pourries, puis la marche dans les quartiers un peu mieux, et ensuite les belles places : à Blondel, à Sainte-Appoline, aux Lombards... C'est une forme d'abattage de luxe, mais ce sont les chasses gardées des femmes mariées aux grands voyous. Celles-là, ce sont des Brigitte Bardot, les plus belles de Paris. Elles prennent de l'oseille à un tas de connards en Jaguar. Elles ont trois jours de congés par mois et vont chez le coiffeur tous les matins. Manucure, pédicure, le petit whisky vers les 11 heures, le caniche, l'appartement... Elles sont gâtées par leurs hommes. Sans eux, elles n'auraient pas les places qu'elles ont.


Le Système des Équipes

La plupart des gens s'équipent parce que, pour monter sur une affaire, il faut être plusieurs. Le problème des voyous, c'est qu'ils sont souvent amis et associés à la fois. Une fois qu'ils ont fait le partage de leur oseille, ils restent ensemble pour manger, pour partir en week-end avec leurs gonzesses. Si la police en trouve un, elle en fiche cinq.
Et puis il y a des mecs qui, s'ils étaient seuls, n'auraient pas les couilles qu'en groupe ils ont l'air d'avoir. C'est le problème du Milieu, à l'époque. Vu de l'extérieur, on l'imagine régi par le code de l'honneur, la parole donnée, etc... La mentalité qui prédomine, c'est plutôt : essaie de prendre la place ou l'oseille de ton collègue. Il y a des équipes de quatre ou cinq mecs [qui font des embrouilles à un mec seul] parce qu'il a bousculé quelqu'un au comptoir ou qu'il a mal regardé Untel. Chez nous, ça s'appelle des querelles d'Allemands : chercher n'importe quel prétexte pour emmerder un mec. Et, au final, ce qui l'attend, c'est casiment un tribunal.


La journée typique du Voyou des années 60

Lever vers 13 heures, aux mieux, petit déjeuner dans un rade, puis partie de belote accompagné de quelques bières dans un autre. Ensuite chacun vaque à ses obligations respectives : tailleur, garagiste... Vers 19 heures, chacun prend l'apéro dans son bar attitré où l'on sait qu'on peut le trouver. À 20 heures, changement de bar ; vers 20h30-21 heures, idem. On en fait sept ou huit tous les soirs avant d'aller dîner avec quelques amis. Ensuite, chacun repasse dans "son" bar pour prendre les comissions et, s'il fait le mac, voir s'il a un coup de téléphone de sa gonzesse. Après, on fait la fermeture à 2 heures d'un rade ou deux, avant de finir dans un cabaret corse ou dans les établissements des Champs-Elysées, de l'Opéra. Dans les annes 60, 70, ça se termine rue Darcet, à Grenelle, rue Monnier... À 6 heures, on mange la soupe à l'oignon dans un troquet des Halles, et on se page vers 8 heures.
[...]
Les bars de voyous existent parce que le truand ne supporte pas le nave et qu'il ne fréquente que les siens. C'est son foyer. Souvent, comme il n'a pas de feuilles de paie pour prendre un appartement, il crèche à l'hôtel ou dans un petit studio. Le mec se fait chier chez lui, il n'y a pas les télévisions de maintenant avec les 500 chaînes, il passe sa vie dans les bars. Il dépense mille balles par jour et loge dans un hôtel à 25 balles la nuit. Il a son enseigne préféré où il prend son petit déjeuner, reçoit ses comissions, planque son calibre et ses affaires. En plus, on fait entre sept et quinze établissements chaque soir. Sauf quelques rares sédentaires qui attendent les affaires. On boit énormément. La gloire du voyou de l'époque, c'est de s'envoyer 30 whiskies et rester droit sans dire de conneries. Parfois, avant de manger, vers 23 heures, on a déjà bu quatre-vingts pastis. [...] Mais après becqueter on marche au whisky, puis au champagne dans les clubs, enfin au rouge avec le casse-croûte du matin. Le voyou doit avoir une santé de fer. Surtout qu'après tout ça il doit encore tirer sa gonzesse!


Le Proxénétisme

Dans le proxénétisme, c'est très simple : c'est toujours le plus fort qui a raison. Si j'ai une femme et qu'un connard [veut me la piquer, je le remballe] et on lui prend tout ce qu'il a. Ca s'appelle "déshabiller un mec". Si c'est l'inverse, que tu prends la gonzesse et que t'es le plus fort : "C'est pas écrit sur ton front qu'elle est à toi. [...] Avec moi elle se conduira beaucoup mieux qu'avec toi. Casse-toi!"
Et les gonzesses en jouent, parce que les putes, on ne les martyrise pas. En vérité, elles rigolent : "tiens, je vais changer de mec. Ca donnera des coups de calibre ou du champagne!"
La plupart du temps, ça se termine au champagne avec une amende, et c'est la gonzesse qui la casque. Il y a des mecs à qui on ne prend jamais de gonzesses, parce qu'ils ne laisseraient pas passer ; ce sont des gens qui sont capables de tuer, de se défendre. Et il y en a d'autres qui passent leur vie à remonter des filles - qu'ils vont chercher chez les cavettes pour les mettre au tapin - pour que les vrais voyous les leur prennent.
À Marseille, à Nice ou à Cannes c'est bien pire. En bas, les mecs s'entre-tuent pour une pute qui ne vaut pas une tune. Nous, à côté, ça se passe à la bonne franquette. Ca les surprend, d'ailleurs.


Le Week-End du mac

Le week-end, les macs sortent leurs filles lorsqu'elles sont en congé. Ils les prennent à une porte de Paris, en voiture, et partent dans un périmètre de cent kilomètres, pour une auberge tenue par un voyou en retraite. À Nargis, chez Pépé, à Groslay... Les voyous vont dans les auberges pour quitter Paris, mais c'est pareil, ils sont au comptoir à jouer au 421 pendant que les gonzesses discutent entre elles. Elles se connaissent du travail, elles se retrouvent là-bas.


Le Petit Racket

Le racket, c'est pas comme à Chicago, on ne dépouille pas les honnêtes gens, ça se passe entre nous. T'as quelques mecs méchants qui piègent un petit patron d'hôtel de passe qu'a trois, quatre gonzesses ; ils lui font une embrouille et lui prennent de l'argent. Ou c'est sur le dos d'un patron de bar, ou sur celui du julot qui a deux filles et pas les épaules pour les défendre. Il y a beaucoup de mecs qui ne vivent que de petits rackets comme ça.


Les Braqueurs (années 60, début 70)

Les Lyonnais, ce sont des mecs très courageux qui montent sur des grosses affaires, mais qui ont un problème : certains d'entre eux boivent énormément. Pas tous. [...] À cette époque-là [sur Paris], il y a trois ou quatre catégories de voyous qui sont considérés comme des braqueurs. Il y a les Lyonnais, les Stéphanois, ainsi que les équipes de Nantais et de mecs de Saint-Nazaire. Les Méridionaux, ce sont surtout des racketteurs et des proxos. Chez les Parisiens, il y a quelques très bons casseurs et pas mal de proxos, même s'il y a eu de bons braqueurs après-guerre et dans la première moitié des années 60. [...]
Les putes ont un peu cambuté le Milieu parisien. Les braquages, tout le monde s'y est mis vers 1971, 1972, 1973. Quand les hôtels ont commencé à fermer et que les filles se sont tournées peu à peu vers les studios. Et qu'une nouvelle génération de mecs issus des banlieues en ont fait leur spécialité. Là, il y avait quarante équipes sur Paris. En 1967, le mec qui va braquer, son pote le prend pour un louf.


Les Petits Métiers

Dans nos rades, il n'y a pas que des braqueurs, des casseurs, des trafiquants et des proxos. On y croise aussi les "petits métiers". Le Milieu n'est pas sectaire.
Les petits métiers ? ça désigne les arnaqueurs. Ces mecs fréquentent les même bars que nous, ils ont leur mentalité, ce sont des voyous dans l'âme. Entre les différentes classes du Milieu, il n'y a pas de sectarisme, les petits métiers sont estimés. En revanche, un mec qui a des feuilles de paie, qui a déjà travaillé même deux ans dans sa vie, n'est pas admis dans le Milieu. Ce n'est pas un voyou. On est encore dans les chansons d'Edith Piaf et des tatoués des bataillons d'Afrique. Aujourd'hui, il y a des gens qui ont fait leur place - et une très belle place -, qui jouent dans la cour des grands et qui ont exercé un métier ou ont eu une éctivité légale à telle ou telle période de leur vie. C'est tout à fait toléré. Maintenant c'est l'intelligence qui prime.


Fleury en 1974

À Fleury c'est le bordel complet. Toute une équipe de malfrats occupe les étages. C'est la plus grosse concentration de mecs du Milieu. Corses, Parisiens, Lyonnais : l'embarras du choix! Des grosses équipes. On verra deux ou trois matons démissionner pour dépression nerveuse. Et des galons d'or, les larmes aux yeux, se plaindre de n'être plus respectés. Il y a vraiment du linge, des grosses affaires de came et de braquage.


La Fin des Bars de Voyous

Les bars de voyous ont fait faillite les uns parès les autres. À partir de 1975, les mecs ont peu à peu délaissé ces repères où ils étaient vulnérables. On pouvait les ficher les uns après les autres. Le nombre de types qui venaient boire leur petit coup dans leur bar habituel après un braco et qui se faisaient serrer une fois la pression redescendue! Et puis c'est sociologique : même l'homme normal fréquente de moins en moins les cafés. Les voyous ont préféré fréquenter les clubs, aller aux sports d'hiver avec leur femme et leurs gosses, avoir un train de vie. Ils ont pris des appartements, se sont installés. Le bar de voyous où l'on mettait tournée sur tournée pour montrer qu'on était riche ou celui qui tenait lieu de bureau n'ont plus de raison d'être. Le voyou est devenu plus nomade, et même s'il a encore une affinité avec un petit bar, c'est pas forcément un rade d'affranchis.


Autres

Voyous Etrangers :
Les Nord Américains : c'est typique des Ricains du Nord. Tous les malfrats du monde en cavale changent de pays, marchent sur des balourds (faux papiers) et essaient de faire durer leur liberté. Les Américains du Nord, Québécois y compris, ne savent pas tenir une cavale. J'ai vu des contrebandiers danois en cavale à Torremolinos, des mecs d'Amérique latine en Europe, des Français, des Belges et des Italiens sur tous les continents ; des Américains, jamais! Eux, ils se constituent prisonniers, et du moment que leur famille est à l'abri et que leurs affaires continuent de tourner, ils peuvent se mettre dans une boîte d'allumette.

Les Autrichiens d'Allemagne : Les Autrichiens, c'est une classe spéciale en Allemagne. C'est un peu leurs Corses ou leurs Marseillais. Ils sont tous proxos, mais ils font leur métier d'une façon assez dure. Ils montent également sur des affaires : des courageux.



Jacques Mesrine ? Connais pas. Le Milieu français non plus. Auprès des vrais voyous, ses exploits médiatiques le font passer pour un farfelu doublé d'un fou furieux.

"Dans ma spécialité y'en a 10% qui sont devenus riches, 10% qui sont au RMI, 50% derrière les barraux et 30% qui ont été zigouillé." (propos approximatifs)
# Posté le mardi 17 octobre 2006 14:50
Modifié le mardi 17 octobre 2006 16:35

SKYBLOG STAR

Ya pas à dire ça fait plaisir d'être skyblogstar. J'avais déjà pas mal de visites mais là ça va exploser.

J'tenais juste à signaler que les articles les plus anciens sont les moins complets et les moins justes parce que j'ai eu la flemme de les retoucher (y'en a qui le méritent clairement). Et pour ceux qui croiraient que j'ai pompé mes articles sur Wikipédia, qu'ils sachent que c'est l'inverse qui s'est passé. Ca m'arrive de pomper un peu à droite à gauche parfois, mais c'est exceptionnel.

En attendant j'en profite pour mettre quelques liens :


LA WDA

DONGAETANO

BD

FRANCIS LE BELGE

WALLASS

VIDÉOS

ISHMINE

LE BCP
# Posté le mercredi 06 septembre 2006 13:26
Modifié le dimanche 17 juin 2007 05:16

LES REGIONS DE LA CRIMINALITE ORGANISEE

LES REGIONS DE LA CRIMINALITE ORGANISEE
Voilà une description de chaque département où est présent un Milieu important. J'avais déjà fait un article du même type que celui-ci, mais que j'ai entretemps effacé car trop baclé.



PARIS (75), centre historique du Milieu

Paris. La ville où tout le Milieu français a toujours voulu se faire une place. Un peu moins dernièrement, mais si peu. On y trouve des types de la banlieue, des lyonnais, des marseillais, des corses, des pieds-noirs... À vrai dire, les voyous venant de la ville même ne sont pas si nombreux. Il y a ceux de Belleville, du XVIIIe Arrondissement, et de quelques autres endroits, mais la majorité des voyous de la capitale vient de l'extérieur. Autrefois, Montmartre concentrait la plus grosse communauté de truands de Paris, et les coins autour de la Porte Saint-Denis et de la Porte Saint-Martin étaient eux aussi de hauts-lieux du proxénétisme. À cette époque, on y comptait presque un règlement de compte par semaine. Mais la prostitution ayant peu à peu été délaissée par le Milieu, c'est plutôt vers les quartiers des Champs-Elysées et de L'Étoile que se sont déplacés les enjeux. En 70 ans, rien n'a vraiment changé : il s'agit d'ouvrir un bar ou une boîte, de contrôler des discothèques, de racketter ici ou là, de diriger quelques bars à bouchons... et depuis quinze-vingt ans on peut ajouter au tryptique bars-boîtes-putes le bizness des machines à sous, dangereux pour sa vie mais lucratif et assez peu réprimandé.

Par ailleurs, il existe dans toute la région parisienne une certaine culture de la diplomatie, on cherche à éviter les conflits, on règle les problèmes autours d'une table, on fait appel à des juges de paix... au contraire du grand sud, où on se tire dessus pour pas grand chose. Ce qui n'empêche pas Paris de devenir parfois le théâtre de règlements de compte violents.


La Seine-Saint-Denis (93), terre de caïds

Pour beaucoup, le 9-3 est synonime de violences urbaines et de racaillerie ordinaire. Pourtant, une tradition du grand banditisme vieille de plus de trente ans y existe. On trouve dans le 93 de la "main d'oeuvre", certes, mais aussi de vrais durs, de gros caïds. La plupart viennent des cités ou des camps manouches du département et se sont hissés très haut dans le banditisme. Pour faire carrière, la tradition veut qu'on devienne braqueur. Beaucoup se sont fait un nom dans cette catégorie à coup de grosses attaques à main armée, pour ensuite réinvestire l'argent récolté dans les machines à sous ou les boîtes. D'autres ont préféré la voie des stups ou du trafic de voitures. Ce qui est sûr, c'est que de très gros caïds sont sortis de ce département.

Le plus gros vivier de voyous se trouve à Montreuil. Arabes et gitans pour la plupart. Les gros voyous de la ville ont évolué sous le giron de Claude Genova ou des frères Hornec. Mais énormément de villes de Seine-Saint-Denis ont leur lot de voyou : Aubervillier en concentre beaucoup, même si la relève est plutôt à chercher du côté de Stains, Pierrefitte, Aulnay, La Courneuve, Pantin...
Le 93 n'a pas finnit de faire parler de lui. Et puis les ponts entre le "nouveau Milieu" et le "Milieu traditionnel" (les tradis) y sont nombreux.

Quelques figures de ce département : Claude "le Gros" Genova, Nordine "la Gelée" Mansouri, Marc Hornec, Ihmed Mohieddine, Nordine "la Puce" Benali, Michel Crutel, Karim Reguig, Mohammed Amimer.


Le Val-de-Marne (94), la tradition du braquage

Tout comme pour le 93, les voyous du 94 ne datent pas d'hier. Depuis 1970, ils tiennent une très bonne réputation. Spécialité : braquage. Quand on vient de ce département, c'est presque inévitable pour un voyou de faire carrière dans le vol à main armée. Si Vitry reste le haut lieu des truands du Val-de-Marne, d'autres villes font parler d'elles, comme Orly, Choisy, ou encore Joinville.

La tradition du braquage s'y transmet de génération en génération, des vocations y naissent. Pendant longtemps, et encore aujourd'hui, le simple fait de venir de la "banlieue sud" suffisait comme CV, on tenait sa réputation. Et puis les types ont une certaine "mentale" qu'on ne trouve pas forcément partout.

Quelques figures de ce département : Antonio Ferrara, Moussa Traoré, Michel Lepage, Gérard Dupré, Daniel Baumont, Daniel Bellanger.


Les Hauts-de-Seine (92), plaque tournante du trafic de stup

Ce département est moins ancien que ses "cousins" du 93 et du 94 dans le monde du banditisme, mais y tient une place toute aussi importante. À lui seul, il alimente en shit, coke et extasy les Yvelines, le Val-d'Oise, le Val-de-Marne et, grossièrement, tous les départements d'île-de-France, et même au-delà. La logistique de tout ce trafic est basée principalement dans les cités du nord du département, avec en tête de liste Nanterre, suivit de Colombes et Gennevilliers. Les trafiquants ambitieux et organisés sont d'ores et déjà multi-millionaires.

Quelques figures de ce département : Hamid Hakkar.


L'Isère (38), terre de douleur

Si le Milieu existe depuis bien longtemps à Grenoble, c'est surtout dans les années 60 qu'il est monté en puissance. Après l'éjection des corses, la grande criminalité grenobloise a été principalement le fait de natifs de la ville. Gitans et Italiens (Grenoble abrite la plus grosse communauté sicilienne de France) pour beaucoup d'entre eux. Les voyous de là-bas agissent avec professionalisme et sont des durs. Parmi les différentes bandes redoutées du coin, une va se démarquer et se faire craindre dans tout le sud : le "gang des italos-grenoblois" - dont une partie ira s'installer à Nice par la suite, d'autres dans le Var.

Niveau bizness, la situation est à peu près la même que dans les autres grandes villes du sud, à l'exception de la prostitution, qui est restée aux mains du Milieu traditionnel. Pour ce qui est du sang versé, il l'est ici autant que dans les autres grands centres du Milieu sudiste. Différentes guerres violentes ont en effet laissé du monde à terre depuis les années '70. Par ailleurs, on soupçonne la Cosa Nostra sicilienne d'être bien implantée dans la région.

Quelques figures de ce département : Michel Luisi, Jean-Antoine Bavière, Jean-Pierre Zolotas, Jean-Pierre Maldera, Jean Augé.


Les Bouches-du-Rhône (13), l'autre centre historique du Milieu

Pour beaucoup Marseille est LA ville de la Pègre, et nombreux sont ceux qui fantasment sur l'existance d'une criminalité marseillaise étant similaire aux mafias italiennes. En vérité, il n'en est rien. Mais que Marseille soit une terre du Mitan, c'est certain. Une étude a d'ailleurs montré que la cité phocéenne était le deuxième ville d'Europe occidentale pour ce qui est de la criminalité, après Naples. Pendant les années d'Occupation, Hitler a déclaré qu'il s'agissait-là du "chancre de l'Europe". Dans les années 60 et une partie des années '70, Marseille était la capitale internationnale du trafic d'héroïne, envoyant chaque mois environ 270 kilos de came (pure à plus de 95%) vers les Etats-Unis.

Ville multi-ethnique, son Milieu se devait de l'être lui aussi : corses, italiens, gitans, pieds-noirs, arabes, arméniens... Le quartier populaire du Panier a fournit et continue de fournir un nombre impressionant de beaux voyous, au même titre que la Belle-de-Mai. Pendant longtemps, le quartier de l'Opéra a été le territoire des très gros caïds marseillais, mais n'est plus maintenant que le repère des "anciens". Et puis depuis 10-15 ans, des cités comme la Castellane, la Bricarde , Fontvert, Frais-Vallon ou encore la Paternelle apportent leurs lots de gangsters.

En plus de ces nouveaux truands, des types de tout le département s'installent dans la cité phocéenne. Avec en tête de liste la zone de L'Etang de Berre : Vitrolles, Istres, Berre, Gardanne... Les voyous qui viennent de ces coins-là sont de vrais durs, et l'Etang de Berre est sans doute le coin de la région le plus dangereux pour les truands. Le bizness des machines à sous y a laissé des cadavres par dizaines.

Autres "pôle" du département : la région d'Aix-en-Provence. Ils 'agit-là d'une sorte de zone franche où chacun a sa place : on y va pour dépenser son argent ou pour investire. Bars, contrôle de boîtes de nuit, restaurants, machines à sous, tout est bon à prendre. L'enjeu principal reste le monde de la nuit, qui est parfois la raison de conflits sanglants. Et puis n'oublions pas non plus Salon-de-Provence qui, avec l'Etang de Berre, est le coin des grossistes de cannabis.

Quelques figures de ce département : Francis "le Belge" Vanverberghe, Tany Zampa, Raymond "le Chinois" Mihière, Jean Toci, Roland Cassone, Ahmed Otmane, Laurent Boglietti.


Le Var (83), le crime au service de la politique, la politique au service du crime

Dans le Var, la criminalité s'axe surtout autour de Toulon. À côté, un peu toutes les villes proches de la côte sont touchées (La Seyne, Hyères...), ainsi que d'autres plus éloignées (Manosque, Draguignan...).

Toulon est un port. Il paraît donc logique que la ville soit sujette à des trafics. Et puis c'est aussi un port militaire. Il paraît donc tout aussi logique que la prostitution y ait fortement prospérée. Pendant longtemps, Toulon a été concidéré comme le lupanar de la côte. La zone spécialisée dans cette activité c'est la basse ville, dans ce quartier qu'on appel le Petit Chicago tant ses ruelles pouvaient parfois s'apparenter à un coupe-gorge. Et même si ce quartier a perdu de sa superbe, il reste le centre historique du Milieu toulonnais. Un Milieu qui est surtout fait de personnes de la ville même. Ici, quand les voyous ne viennent pas du "Petit Chicago", c'est qu'ils viennent sûrement de la Loubière ou des Sablettes.

Le Var est sans aucun doute le département français du continent où les liens politico-mafieux sont les plus développés. Ici c'est le crime au service de la politique et la politique au service du crime. Des liens dangereux qui ont éclaté au grand jour en 1994 avec l'assassinat de Yann Piat, députée FN qui visait la mairie de Toulon. Et puis le Milieu toulonnais peut être violent : les années '90 ont connu, après la mort de Jean-Louis Fargette, des guerres de succession qui ont définitivement éliminé l'ancienne école.

Quelques figures de ce département : Louis Régnier, Jean-Louis Fargette, Pascal Perletto, Noël Dottori, Henri Diana, José Ordioni.


Les Alpes-Maritimes (06), terre convoitée

Nice, Cannes, Menton, Saint-Tropez... beaucoup de villes synonimes de soleil, plage et belles filles. Comment un Milieu criminel ne pouvait pas y hemerger?

Jusqu'aux années 60, la truanderie niçoise reste classique. C'est par la suite qu'elle va devenir une terre d'accueil pour nombre de truands d'ailleurs : corses, pieds-noirs d'Algérie, grenoblois, marseillais... De plus en plus, le Milieu niçois est composé de gens de l'extérieur. Et ces arrivées de gangsters non-niçois ont été à l'origine de divers vagues de règlements de compte : la faute aux Pieds-Noirs dans les années '60, aux Grenoblois dans les années 70... puis à un peu tout le monde dans les années 90. Résultat : un Milieu niçois qui a du mal à trouver de nouveaux caïds. Sans compter la forte présence de la N'Dranghetta (mafia calabraise) et, depuis moins longtemps, du crime organisé russe et des pays de l'est en général. Pour l'un comme pour l'autre, il s'agit de s'attaquer aux secteurs du tourisme et de l'immobilier, principalement.

À Nice, une sorte de tradition veut que l'Iguane Café, un grand piano-bar du centre-ville, soit aux mains de l'homme qui domine le Milieu de la ville. Une autre tradition : les liens "extra-criminels". Si dans le Var il s'agit de s'acoquiner avec des politiciens, ces liens sont bien plus larges à Nice : mondes des affaires, de la politique, justice, haute société... Connaître du monde ailleurs que dans le Milieu, ça aide.

Quelques figures de ce département : Urbain Guiaume, Marcel "le Bègue" Diavaloni, Sébastien Bonventre, Thierry Derlan, Jacques "le Général" Sordi.


La Corse (02-A et 02-B), l'île au nombre de meurtres plus élevé qu'en Sicile

Si pendant 50 ans les gangsters corses se sont exportés (vers la France continentale, les colonies et l'Amérique du Sud principalement), c'est maintenant depuis 30 ans qu'ils évoluent dans leur propre île. Si les braquages se passent surtout à l'extérieur, tous les autres domaines se localisent sur l'île : machines à sous, bars, boîtes de nuit... Mais à l'inverse du continent, d'autres domaines viennent s'y ajouter : le tourisme, l'immobilier, et beaucoup d'autres activités tout à fait légales. En elles-mêmes. Parce que la manière de se les approprier et de les gérer ne le sont souvent pas. Et puis le Milieu corse doit faire avec deux autres pouvoirs : les clans (présents surtout dans la politique) et les indépendantistes.

En Corse tout le monde se connaît, cela bénéficie aux truands et facilite les liens avec la politique. Ils ont une véritable position de toute puissance. Quand aux cadavres, ils sont nombreux. Qu'il s'agisse de vendettas, de litiges entre voyous ou de frictions avec les indépendantistes, sur l'Ile de Beauté le sang coule bien plus qu'ailleurs. Le taux d'assassinat y est plus élevé qu'en Sicile.

Au nord, la criminalité est surtout centrée sur Bastia, où la fameuse équipe de la Brise de Mer a hemergé et a raflé une très grosse part du gâteau. Au sud, plus rural, le Milieu semble en apparence moins présent, ce qui n'est pas le cas, avec une forte présence sur Ajaccio. Sans oublier la région de la Balagne. Et puis on prête à la Corse des liens avec certaines mafias italiennes.

Quelques figures de ce département : Antoine Guérini, Joseph Renucci, Jean-Jérôme "Jean-Gé" Colona, Dominique Rutily, Richard Casanova, Francis Marini, Joseph Menconi.


L'Espagne, camp retranché du Milieu

Si le Milieu français a une base arrière, c'est bien l'Espagne. Et depuis longtemps, puisque les premiers voyous à s'y installer l'ont fait au début du XXème siècle.

Mais c'est surtout depuis une trentaine d'année que l'Espagne, et tout particulièrement la Costa Del Sol (qui est devenu l'une des plus grosses concentrations criminelles d'Europe), est véritablement une terre du grand banditisme français. En vérité, il s'agissait d'abord de se cacher : on fuyait en Espagne pour échapper à la police ou à la concurence. Puis certains ont pris goût au pays et ont décidé de s'y installer. Il faut dire que les débouchés, ce n'est pas ce qui manque : les braquages (l'Espagne est assez peu habituée aux braquages de grosse envergure), les putes, les boîtes, et surtout le trafic de drogue. En effet, la casi-totalité du shit marocain passe par Malaga, capitale européenne du trafic de canabis. Du coup, la communauté des truands français y est importante. Tout comme à Marbella et Algésiras, un peu plus au nord. Très fréquemment, des "convois" fusant à 250 km à l'heure sur l'autoroute descendent en Espagne et remontent du shit par centaines de kilos. Mais si le bizness est très lucratif, il reste dangereux. Vis-à-vie de la police tout d'abord. Mais pas seulement. Nombreux sont ceux qui kidnappent les convoyeurs de shit ou les grossistes, que ce soit pour leur extorquer une cargaison ou une malette pleine de billets. En 2004, pour la seule ville de Marbella, on comptait 50 règlements de compte et kidnappings entre truands.

À côté du shit, il y a aussi la coke. En effet, l'Espagne accueille beaucoup de trafiquants colombiens, notamment autour de Madrid. Alors, il est devenu normal de voir des voyous français passer par la Costa Del Sol pour monter une affaire ici ou là, sans compter ceux qui se chargent de remonter la drogue vers la France.

Et puis les groupes criminels sont nombreux : "les Britanniques font dans le blanchiment, l'escroquerie, le trafic de voitures, de haschich et de coke, les Marocains dans le haschich, les vols, l'immigration illégale, les Albanais dans les cambriolages, les Nigériens dans l'immigration illégale et la falsification de documents, les Lituaniens dans l'enlèvement, les Turcs dans l'héro, les Colombiens dans la Coke, les Chinois, les Roumains et les Bulgares dans la prostitution, les Français dans le vol avec violence, la coke, le haschich...".

Mais l'Espagne n'est pas le seul pays à accueillir des truands français. La Belgique, l'Allemagne, l'Angleterre, le Maghreb (ainsi que l'Amérique du Sud et l'Afrique Noire pour ceux qui ont les contacts) ne sont pas non plus à négliger.








Évidemment, beaucoup d'autres coins de France ont un Milieu important, notamment :
Lyon, le Nord (Lille-Roubaix-Tourcoing), le Val-d'Oise, la Seine-et-Marne, les Yvelines, l'Essone, Bordeaux, Toulouse, les Alpes-de-Haute-Provence, le Vaucluse (Carpentras, Avignon), le Gard (Nîmes), l'Hérault (autour de Montpellier), et Strasbourg.
# Posté le vendredi 05 mai 2006 14:52
Modifié le jeudi 25 octobre 2007 05:02

Karim Reguig dit Pascal le Turbulant

Karim Reguig dit Pascal le Turbulant
KARIM REGUIG

Karim Reguig fait partit de ces voyous quarantenaires tout droit venus des cités-ghettos d'Ile-de-France qui ont réussit à se faire un véritable nom dans le Milieu français, trônant dans sa catégorie aux côtés des Nordine Mansouri, Mohamed Amimer et autres Hamid Hakkar.









Des Débuts Timides

Surnommé "Pascal le Turbulant", Karim Reguig est né à Saint-Ouen en 1965, d'Amar et Gaétane Reguig. Il commence par du tout petit larcin : vol à la roulotte à 12 ans, agression à treize, vol à l'étalage à quatorze, vol de cyclomoteur à 15 ans... Une caricature du petit délinquant. Jusqu'au jour où il passe à l'échelon supérieur, en 1983, alors âgé de 18 ans, quand il braque la trésorerie principale de Creil (Val d'Oise) en compagnie de quatre hommes : un martiniquais, un jamaïcains et deux juifs pieds-noirs originaires d'Oran. Butin : 80 000 francs. Pas mal pour un premier pas. Reguig va ainsi passer une décennie à braquer dans l'Hexagone avec son équipe, commençant à se faire un nom et tâtant un peu du shit.

Mais c'est son séjour en Espagne qui le fera réelement entrer dans la cours des grands. Il s'y réfugie en 1995, alors âgé de 30 ans, avec une partie de ses complices, après le braquage d'un magasin de produits diététiques. Direction : Marbella, ville qui est avec Malaga la véritable place forte des trafiquants de cannabis français, sur cette Costa Del Sol qui représente (depuis longtemps maintenant) la base-arrière du Milieu hexagonal.

Sous le Soleil des Voyous

Quand il arrive en Espagne, Pascal le Turbulant alias Rachid Reguig a 30 ans et une carrière déjà bien avancée. S'il est vrai que le Milieu est petit, cela l'est encore plus sur la Costa Del Sol. Reguig y fréquente le petit monde des trafiquants de drogue et, peu après son arrivée, est pris en main par Jacques Grangeon, pilier du milieu lyonnais. On trouve aussi dans ses fréquentations un certain Nordine Benali, gangster made in 9-3 trimbalant un très beau CV.

Reguig se lance alors lui aussi dans le trafic de cannabis. Sa carrière est rapidement lancée et son ascenssion se fait fulgurante, le jeune de Saint-Ouen n'ayant pas de mal à faire augmenter la quantité de drogue échangée à chaque transaction. Ce contrôle du 21 mars 1996 visant Reguig et sa compagne Violette O. confirme en tout cas le fait que le français brasse de grosse sommes : les policiers espagnols ont en effet découvert 1,6 millions de pesetas, un stock de bijoux estimés à 720 000 francs, et la possession de deux comptes en banque crédités de 2,3 millions de francs, et sur lesquels avaient transité 6 millions de francs en deux ans. Reguig était donc bel et bien passé à la vitesse supérieure.

Avec son réseau, Reguig alimente en cannabis non seulement la région parisienne mais aussi une partie du sud-est, notamment Marseille et le Vaucluse. Son équipe est des plus solides, constituée d'amis sûrs. Au total, près d'une quarantaine de personnes travaillerait pour ou avec lui, et sa bande est des plus hétérogènes : il y a là les premiers complices de Reguig (ceux avec qui il s'était lancé dans le braquage), mais aussi trois jeunes de Carpentras (84), un autre de Vitrolles (13), un israëlien d'une cinquantaine d'années, des juifs marocains bien implantés à Marbella, des français exilés en Espagne et évidemment des gangsters issus des cités de la région parisienne (avec en tête Mourad Ferguerre de Montfermeil). De quoi faire frémir ceux qui pensaient encore que le Milieu était communautariste. Karim Reguig s'appuierait aussi sur sa famille lorsqu'il s'agit de gérer ses comptes, notamment du côté des Marchione. En quelques années, voir quelques mois, Karim Reguig est ainsi devenu un pilier incontournable du trafic de drogue en Espagne.

Au total, le "réseau Reguig" procèderait à l'envoi de 600 kilos mensuelles vers la France, par route, à l'aide de grosses cylindrés. Sans compter les nombreuses transactions traitées directement sur le sol espagnol.

Des Atout de Premier Ordre

Lorsqu'il s'agit de gérer ses sous, Karim Reguig sait faire preuve de beaucoup de professionalisme : aucun compte en France, plusieurs sociétés ouvertes dans des régions connus pour leur mansuétude à l'égard des capitaux étrangers (comme par exemple le Delawere américain), des voyages fréquents dans ce paradis fiscal que sont les îles Caïman, des passages par Miami... Autant dire que Karim Reguig sait y faire lorsqu'il s'agit de blanchir l'argent de la drogue.

C'est en partie grâce à ce professionalisme, ajouté à la solidité de son équipe, qu'il a réussit à se faire une telle place dans le trafic internationnal de cannabis. Mais ce n'est pas le seul facteur, le "destin" a aussi joué : en effet, l'équipe de Reguig a profité de la disparition des anciens, morts ou en prison, pour reprendre une bonne partie de leurs "parts de marché". Disparitions auxquels Reguig et ses complices ne seraient pas entièrement étrangers. Autre facteur de réussite : les connaissances, lesquelles ont permis à Reguig d'être très introduit au Maroc, point de départ de tous les réseaux internationnaux de cannabis.

Mais la carrière de Reguig ne s'est pas non plus faite sans accrocs. En effet, certains de ses lieutenants ont trouvé violemment la mort, comme Kamel Berkani, tué le 5 octobre 1997 à Estenopa (Espagne), ou Fathia Khitmane, assassiné à Paris le 9 janvier 1998. Jacques Grangeon, qui avait épaulé le jeune de Saint-Ouen à ses débuts en Espagne, est lui aussi décédé, le 5 octobre 1996, assassiné dans sa villa de Marbella avec sa femme, abattu d'une balle dans la tête. Jamel et Nordine Benali, que fréquentait Karim Reguig, passent eux aussi l'arme à gauche, repectivement en décembre 1999 et en octobre 2001, sur la terre espagnole. Des exécutions que certains n'hésitent pas à attribuer à Karim Reguig et son équipe.

Coke, Rêve de Monopole et Ambition Démesurée

Mais Reguig n'aspire pas uniquement à avoir le monopole du trafic de cannabis, mais aussi semble-t-il à contrôler le marché de la prostitution. En effet, le français gère le Cesar Palace ainsi que le Venus et le Milady Palace, des établissements consacrés à la prostitution de luxe. La coke, marché en pleine expention, semble aussi être de la partie, comme l'atteste l'arrestation de ce colombien qui possédait sur lui les coordonnées de Karim Reguig. Depuis 2002, on le dit aussi lié à Sergio Palma, trafiquant de cocaïne italien incarcéré à Rome. De quoi accentuer sérieusement les soupçons d'implication de Reguig dans le trafic de cocaïne. La police espagnole prête aussi à ce dernier une ambition démesurée, et le soupçonne de vouloir contrôler le trafic de drogue "depuis la Costa Del Sol jusqu'à l'Europe centrale".

"Concrètement, les flics espagnols ont vu de lourds sacs en plastique passer de main en main, des armes à la ceinture de ceux qui les transportaient, des hommes de Karim Reguig se rendre à Madrid pour y rencontrer des colombiens, et des valises bourrées de billets revenir de France. Un bateau a même été arraisonné au large d'Almeria avec plus de 1800 kilos de shit à son bord" nous apprend Frédéric Ploquin dans son livre "Parrains & Caïds". Le directeur de l'Office des stupéfiants, Berbard Petit, résume ainsi le parcours de Karim Reguig : "ces jeunes ont bien travaillé le cannabis. Ils ont pris de l'assurance, ont investi dans les saunas, les filles, les hôtels, jusqu'au jour où ils se sont mis à la cocaïne. Assez radicaux, ils n'ont pas de temps à perdre et constituent rapidement de petits empires reposant sur des gangs très constitués".

En 1999, déjà, les Stups alimentaient les plus hauts soupçons à l'égard de Karim Reguig : "Le service a été alertée par la montée en puissance, dans le monde des trafiquants de stupéfiants, d'une équipe de malfaiteurs dirigée par Karim Reguig, dit "Pascal le Turbulant". Un total de près de quarante personnes travailleraient pour ou avec lui. Il incarnerait une nouvelle génération de malfaiteurs issus de la banlieue parisienne et qui, du statut de chef, est devenu un caïd quasi incontournable du trafic dans le sud de l'Espagne, zone de prédilection où il réside de façon presque permanente. C'est en direction de la région parisienne que Karim Reguig acheminerait de façon régulière de grosses quantités de cannabis et de cocaïne. Il dispose d'une réelle organisation criminelle assurant la fourniture de faux papiers, de voitures maquillées et amènagées, de caches et de la main-d'oeuvre nécessaire".


Qui a dit que les types venant de cités étaient incapables de se hisser à la hauteur des grands voyous français?





Pour ceux qui n'aurait pas vu sa pub dans les commentaires, un type a eu une idée de skyblog pas mal. Certains trouveront que cé stupide mais moi j'trouve que c'est un bon concept. C'est ICI.
# Posté le mardi 31 janvier 2006 17:00
Modifié le mardi 23 mai 2006 04:31

Jean-Louis Fargette

Jean-Louis Fargette
JEAN-LOUIS FARGETTE




Une Vie qui Bascule, Voyou à 15 ans

Si l'enfance de Jean-Louis Fargette au sein de sa famille composée de huit enfants aimés de leur mère Micheline et de leur père Roger, militaire, fut tranquille, c'est à la suite d'un drame qu'elle prendra un tournant. Né le 20 mai 1948 à La Valette, un quartier de Toulon, Jean-Louis Fargette va rapidement aller vivre en Nouvelle-Calédonie avec sa famille où son père est en poste, pour retourner dans sa ville natale en 1959. Cette année-là, une terrible innondation secoue le Var. On dénombre 423 victimes. Parmi celles-ci, Roger Fargette. À onze ans, Jean-Louis se retrouve donc orphelin de père. La vie de la famille bascule, et Jean-Louis Fargette, JLF de ses initiales, vire voyou. Petit délinquant d'abord, préférant les bagarres contre les mecs des quartiers rivaux ou les militaires de la basse ville que l'oseille. Mais le jeune JLF a déjà une vocation de chef, et à quinze ans il tient une réputation. Ses premiers billets il les obtient en empochant les revenus de prostituées de Bandol travaillant pour un proxénète incarcéré. Voyou au grand coeur, Fargette va rapidement s'écarter de la profession de macrau, et avoir quelques litiges avec des membres de ce corps de métier, notamment d'origine arabe. Ainsi, il en blessera un à Toulon pour avoir maqué une fille qu'il appréciait, et en abattera un autre à Marseille, au Pharo. Malgré son jeune âge, JLF se fait donc un nom.

La Carrière est lancée aux côtés du Seigneur des Sablettes

Quelques temps plus tard, vers 1970, Jean-Louis Fargette va faire la rencontre de celui qui lancera véritablement sa carrière dans le Milieu : Louis Régnier, le "Seigneur des Sablettes", l'une des principales figures de la Pègre varoise. Plusieurs versions de leur rencontre existent. Celle qui est la plus souvent avancée : apprenant que Louis Régnier avait été enlevé et embarqué en Italie par des truands qui en voulaient à sa vie, JLF aurait prit un sac d'affaires et quelques flingues, serait partit pour l'Italie pour revenir quelques temps plus tard aux côtés d'un Loulou Régnier sain et sauf, l'ayant délivré de façon héroïque. Vrai ou pas, ce qui est sûr c'est que le "Seigneur des Sablettes" se prend d'affection pour ce courageux et audacieux voyou. Jean-Louis, pour sa part, voit en Régnier une sorte de deuxième père, qui le baptise de son surnom de truand : Le Grand.

En 1971, JLF est inscrit au Fichier du Grand Banditisme avec la note suivante : "capable de toutes les actions pour s'imposer au Milieu toulonnais". Son argent, Jean-Louis le gagnerai principalement grâce au racket, et en 1972 il achète un bar à Toulon, le Tonneau. Et n'est pas près de se laisser faire mettre à l'amende. Les deux truands qui ont essayé auront reçut du plomb en guise de réponse. Innocenté pour cette affaire car concidéré comme étant en état de légitime défense, Jean-Louis Fargette sera tout de même condamné à quinze mois de prison avec sursis pour port d'arme illégal. Puis après cette histoire, Jean-Louis achète un deuxième bar dans le "Petit Chicago", un quartier de Toulon, et prend des intérêts dans un autre à Paris, élargissant le cercle de ses associés, que ce soit à Toulon, Marseille, Avignon, Lyon ou Paris.

Fargette construit son empire

En 1976, Fargette se marie avec une jeune femme du nom d'Argelia, à Londres. Le couple fera deux enfants: Linda et Romain. Et, bien qu'ayant choisit la voie de la marginalité plutôt que l'honnêteté, Jean-Louis sera un père exemplaire, passioné de gadgets et ayant un grand sens de l'humour, possédant comme animal domestique une lionne.

Au milieu des années 70, la carrière du "Grand" est donc bien avancée, mais c'est en 1975, âgé de 27 ans, que Fargette va percer pour de bon. Lancé par son mentor Loulou Régnier, escorté de ses fidels lieutenants (ses deux frères Robert et Guy, son homme de terrain Jacky Champourlier, mais aussi Paul Grimaldi, José Ordioni, Henri Diana, Tony Donati, et son relais sur Marseille Daniel Savastano), Fargette va commencer à construire un empire à la hauteur de ses ambitions. Vers la fin des années 70 il prend possession de plusieurs boîtes de nuit du Var, quatre lui appartenant directement, les autres étant dirigées en sous-main. On oppose peut de résistance. Et puis JLF multiplie les sources de revenus, du trafic de chèques volés (pour lequel il passera trois mois en détention provisoire, et dira à ce propos "je veux bien qu'on m'accuse d'avoir dégommé dix mecs à la mitraillette, mais pas d'une embrouille aussi minable") aux paris truqués, en passant par les affaires légales. Par ailleurs, on l'a soupçonné un temps d'avoir participé à l'assassinat d'un juge toulonnais. Et puis pendant la deuxième moitié des années 70 Fargette va aussi rencontrer la politique en la personne de Maurice Arreckx, "parrain politique" du Var. Les deux hommes vont devenir des intimes, mettant leur pouvoir en synergie pour mieux satisfaire leur ambition démesurée. Et, en 1977, Arreckx confie à Jean-Louis Fargette la responsabilité du CAM (Comité d'Action de la Majorité). Mais la politique ne lui suffit pas, et Fargette se met à s'intéresser au show-bizz, organisant des concerts de stars au stade Mayol. Aussi, il a le projet de racheter le paquebot France pour en faire un casino flottant. Avec son associé Simon Waintrop il arrive à amasser 130 millions de francs, mais l'affaire tombe à l'eau pour des raisons administratives. Ce qui ne freine pas Fargette, qui créé en 1980 une société de distribution de boissons, les "Caves Varoises", imposant ses produits dans le Var, ainsi qu'un regroupement d'intérêts économiques, le CO-DI-PRA.

En 1982, tout va donc très bien pour Fargette et son véritable empire. Mais cette année-là, il est présenté à un tribunal pour avoir été vu en compagnie d'un braqueur italien recherché, Pascal Damiano, et condamné à un an de prison. Refusant catégoriquement l'incarcération, Fargette se met en cavale et part pour l'Italie. C'est là que son mythe prend véritablement naissance.

L'Exil Italien

Si la plupart du temps les cavales affaiblissent les truands, cela n'est pas vrai pour Jean-Louis Fargette, dont on mesurera toute la puissance pendant son séjour en Italie. Installé d'abord à Rome sur un conseil de Tany Zampa, JLF va ensuite se rapprocher de la frontière franco-italienne en achetant l'appartement d'un immeuble de luxe de Vallecrosia. À Toulon, Fargette devient une légende, on dit qu'il fréquent des hommes de la Mafia et de la franc-maçonnerie, qu'il aurait même été reçut par le Pape. Habitant à seulement 200 kilomètres de Toulon, il reçoit régulièrement sa famille et ses amis, et consulte ses lieutenants deux fois par semaine dans le salon privé d'un palace de San Remo, accueillant aussi les politiques avec qui il s'est associé. Et lorsqu'il ne reçoit personne, JLF passe sa journée au téléphone pour gérer ses affaires, utilisant un langage codé que même ses hommes ont du mal à comprendre. Autant dire que malgré son exil, celui qu'on appel désormais "Savonette" garde la haute main sur ses affaires. Il a notamment organisé depuis San Remo des placements de machines à sous et un trafic de fausses pièces.

En mai 1983, les carabiniers italiens l'arrêtent puis le relâchent deux mois plus tard contre une caution d'un million de francs. En 1984 et en 1987, c'est la même chose : Fargette est arrêté puis relâché quelques mois après chaque incarcération. Depuis son repère italien, il continue de vouloir toujours plus, sa mégalomanie devenant encore plus importante qu'auparavant. Vers le milieu des années 80, il prend des parts dans la radio "Hyères FM" par l'intermédiaire de son lieutenant Henri Diana, et en 1988 il tente de faire assassiner Bernard Franck, le patron de la foire qui lorgnait sur la galaxie Fargette. Cette voracité vaut à JLF de n'avoir pas que des amis, et en 1988 on attente à sa vie à Rome. Il en sort indemne. Par ailleurs, pour justifier ses revenus, "Savonette" monte aussi quelques affaires en Italie : il ouvre une pizzeria et lance une ligne de jeans "JLF" qui fera faillite.

En 1991, Fargette réussit à réunir 15 millions de francs pour ouvrir la plus grand boîte de France, le "Cosmos", à la Valette. Mais malheureusement pour lui, elle fait faillite. Il commence alors à s'intéresser à plusieurs affaires légales, un peu dans les pays de l'est et en Afrique, et surtout dans le Var, notamment à propos du projet Sophia-Esterel à Fréjus, de l'extension de l'aéroport d'Hyères et du projet de la création d'une société d'importation de ciment, baptisé "Ciment Varois".

Par ailleurs, le mal du pays commence à gagner Jean-Louis "le Grand", qui espère pouvoir rapidement regagner le Var car la prescription pour sa condamnation de 1982 approche. Mais en 1992, le FISC lui réclame plus de quatre millions de francs. Tant pis, JLF restera en Italie. Pour toujours : le 18 mars 1993 son corps est retrouvé criblé de cinq balles de 357 Magnum tirées par un tireur embusqué. Meurtre politique commandité par les ennemies de Arreckx pour l'affaiblir? Possible (on a notamment soupçonné Yann Piat), mais la véritable raison de ce meurtre semble plus proche du Milieu, et plus d'un pense que ce sont les lieutenants de Fargette, Jacky Champourlier en tête, qui ont voulu se débarasser d'un boss trop encombrant, trop gourmand. Ce qui est sûr, c'est que beaucoup de voyous vont se sentir pousser des ailes et se mettre à vouloir grapiller quelques morceaux de l'empire laissé par Fargette. Les guerres de succession vont s'étaler jusqu'en 1995 et faire une bonne dizaine de morts, une grande partie des ex-lieutenants de JLF y laissant leur peau.

À Toulon, deux mille personnes se massent pour l'enterrement du Parrain. Sur une couronne de fleurs, on peut lire "Tu es le boss et tu le resteras toujours...".




À Lire : Fargette, Caïd de la Côte, de Jean-Yves Estrades (éditions Plein Sud)
# Posté le jeudi 01 septembre 2005 14:02